vendredi 24 novembre 2017

Il n'y a pas de justice en ce monde

Un manant vole une soupe dans un resto.

Le manant en question est vraiment ce qu'il y a de plus bas dans l'échelle de l'humanité aux yeux du restaurateur. En plus de sentir mauvais, de chier dans ses culottes et d'être assis à la table du restaurateur, le triste sire a tenté de s'enfuir pour ne pas payer.

Le restaurateur, Marc, un gars au tempérament sanguin, l'a tout de suite intercepté. Il l'a obligé à vider ses poches: le manant n'avait rien dans ses poches. Alors il a continué à lui serrer les bras et les ouïes tout en lui assénant de grands coups de doigts dans le front, puis ce fut un déferlement de coups de poings et de coups de pieds.

-Tu vas payer mon hestie! Par tous les moyens! Ma soupe est pas gratisse! Quin mon tabarnak!

Un policier qui passait par là eut la gentillesse d'émettre deux constats d'infraction. Un pour vol. C'était pour le manant qui chiait dans ses culottes. Et un pour agression sur le manant en question qui a d'ailleurs été reconduit à l'hôpital. C'était pour Marc. Les deux furent incarcérés ce jour-là pour ne pas faire de jaloux.

Le juge Arseneault était reconnu pour ses idées d'avant-garde en matière de justice. Il fréquentait un cercle de philosophie et cotisait régulièrement pour financer des oeuvres humanitaires, dont la protection et la défense des itinérants.

Marc tombait mal.

-Qu'aviez-vous, dit le gros Arseneault, car il était gros, l'Honorable Arseneault, qu'aviez-vous à battre ce trou du cul? Je ne vois pas d'autre solution que de condamner ce trou de cul à aller manger une soupe gratuite à votre restaurant, monsieur, pour avoir battu cet homme qui avait faim! Bien sûr qu'il vous a volé... Mais bon, une soupe? Ça mérite un voyage en ambulance à l'urgence? Voyons! Ça ne se fait pas. Je condamne donc le manant à aller manger une soupe gratuite à votre restaurant pour vous avoir volé...

Marc était en furie. Il devrait donc lui donner une soupe! C'était ajouté l'insulte à l'injure.

Le manant, croyant satisfaire aux exigences de la cour, se présenta au restaurant le soir-même pour obtenir sa soupe gratuite.

Marc et trois malabars le prirent sous les bras et l'emmenèrent dans l'arrière-cuisine, bien caché de la vue des clients. Puis ils l'obligèrent à manger une inqualifiable soupe constituée de glaire et d'excréments. Ce qui fit vomir le manant qui fut obligé à néanmoins terminer sa soupe jusqu'à la dernière cuillerée.

Parfois, il faut le dire, il n'y a pas de justice en ce monde.


mercredi 22 novembre 2017

Les chiens de garde?

Les chiens de garde?

La modeste mailloche de Salomon Mondoux

Résultats de recherche d'images pour « mailloche tambour »
Il n'est pas si nécessaire de bien se comprendre quand l'on n'y comprend rien à rien. Vous ne comprenez pas, hein? Ça ne m'étonne même pas. Les gens n'y comprennent rien. Ils vont et viennent et passent et meurent. Je ne vous en veux même pas. Vous savez bien que je suis comme vous moi aussi.

Évidemment, il faudrait que je me présente.

Je ne l'ai pas encore fait. Je vous ai sauté dessus avec ma drôle de comprenure et si vous êtes encore en train de m'écouter c'est que vous vous attendez à quelque chose de quelqu'un, moi en l'occurrence.

Eh bien je m'appelle Salomon.

Salomon comme le roi Salomon.

Sauf que moi c'est Salomon Mondoux.

Ce qui fait que l'on me surnomme Momondoux ou bien Mondoudoux. Enfin, on rit de moi parce que je m'appelle Salomon Mondoux. Comme si j'avais demandé ça.

J'ai survécu à exactement trente-et-une révolutions de la Terre autour du Soleil. J'ai presque toutes mes dents sauf une molaire. Je n'ai aucun poil dans le nez. Je suis moyen pour le reste. Sauf pour les parties intimes. J'ai, modestement parlant, toute une mailloche. Mais ça n'intéresse personne. Plus de nos jours. Les gens, les femmes en particulier, eh bien ils et elles ne s'intéressent pas à moi. C'est vrai que je suis désagréable, pauvre et néanmoins hautain. Tout ce qu'il faut pour me faire haïr de tout le monde, quel que soit le statut de ma modeste mailloche.

«La modeste mailloche de Momondoux», comme ils disaient à l'école, ce n'était pas pour favoriser ma cause.

Quoi qu'il en soit, ne parlons plus de ma mailloche.

Je voulais seulement vous dire un peu qui je suis.

J'oubliais de vous dire que j'ai les yeux bleus gris.

J'ai les cheveux crépus et roux.

Je suis d'ascendance tibétaine m'a dit mon père quand il était saoul.

À part de ça, je ne sais trop quoi vous dire.

Sinon que j'ai des diplômes en géographie et que je vis sur l'aide sociale.

Personne ne veut de moi.

Je suis désagréable, c'est certain, mais j'ai le droit moi aussi de manger comme il faut.

C'est toujours moi qui suis privé de desserts en toutes choses.

Ça commence à bien faire.

Momondoux mérite mieux.

C'est pas difficile à comprendre, ça.

Mais non! Il faut qu'ils soient tous durs de comprenure... Lui, moi, eux!

Comment voulez-vous qu'il y ait la paix sur Terre dans de telles conditions?

Quoi? Vous ne comprenez pas?

Vous ne comprenez rien?

Et ma mailloche, vous la voulez ma mailloche?

***

Les agents de la paix Roger Fradette et Lucille Montour en avaient vu de toutes sortes dans leur carrière. Mais cette histoire de Momondoux alias Modeste Mailloche, franchement, ça dépassait en absurdité tout ce qu'ils avaient vécu.

Lucille cliqua sur stop pour mettre fin à l'enregistrement.

Salomon Mondoux était entré dans une station de télévision pour livrer un message à l'humanité...

Il avait simulé être entouré de bâtons de dynamites. Ce n'était que du carton peinturé en rouge relié par des fils qui étaient collés au ruban électrique après une vieille télécommande. On a craint le pire et on a obéi à toutes ses demandes, à sa demande unique en fait: faire entende son message au monde entier via la télé.

Ses voeux furent exaucés. Salomon Mondoux a pu parler de sa mailloche.

Et maintenant les agents Fradette et Montour se cassent la tête pour rédiger leur rapport.

Momondoux est aussi snappé que d'habitude et fait des monologues dans sa cellule à propos des ceusses qui sont durs de comprenure.


Je ne suis pas Brueghel

Les chasseurs dans la neige, Brueghel  1565
Il me semble parfois que les gens mentent sur les influences qui les ont menés là où ils sont, que ce soit dans la pratique d'un art ou dans celle de la denturologie.

J'ai dû moi-même passer par-là pour reconnaître aussi facilement ce travers chez les autres.

J'ai dû croire que je m'inspirais des grands de ce monde pour conférer à ma production l'illusion de la grandeur.

Je pense à un peintre qui disait s'inspirer de Cézanne et qui vous peignait des trucs laids à chier.

Je pense aussi à celui qui croyait écrire comme Charles Bukowski ou Henry Miller et qui, dans les faits, n'écrivait que des textes minables et sans densité existentielle.

Il y a aussi ce guitariste qui tenait plus de l'électrocuté que de Hendrix. Il était Hendrix quoi que vous pensiez de son jeu pitoyable. Il vous prenait l'envie de le débrancher.

Ils auraient tous mieux fait de révéler leurs vraies influences.

Genre je peins parce qu'on a mis des pots de couleur dans mes mains à la maternelle.

J'écris parce que j'ai vu l'un de mes amis, Gugusse Lampron, écrire lui aussi. Et je me suis dit que ce serait cool d'écrire...

Je joue de la guitare parce que j'étais fasciné par mon oncle Raymond qui jouait des tounes de Soldat Lebrun...

Mais non! Il faut se donner de grandes influences messieurs dames! Épater la galerie! Passer pour moins con qu'on ne l'est vraiment...

Je pourrais vous dire que j'ai été influencé par l'oeuvre de Brueghel, que je fais du Brueghel adapté à mon époque, tiens, et hop je suis Brueghel! Bin tiens?

Je ne suis pas Brueghel et j'aime ce qu'il a peint le bougre.

J'ai été influencé par les pots de gouache à la maternelle, évidemment, pour devenir l'artiste-peintre que je suis.

Mais je dois le gros de toutes mes influences à la fréquentation assidue des étudiants en arts plastiques de l'UQTR, dont Patrick Harvey, Carl Pelletier, Régent Ladouceur, Henri Boudreault et autres qui ne me viennent pas à l'esprit pour le moment.

Un jour, je me suis dit que je pourrais peindre pour me désennuyer. C'était autour de 2004. Je suis revenu à la maison avec des petites toiles, des petits pinceaux et des couleurs achetés à vil prix au Dollarama. Je me suis souvenu des contrastes de Harvey, des clairs-obscurs de Pelletier et Ladouceur, du vernis épais de Henri Boudreault. Et voilà comment mon oeuvre picturale est née, malgré Brueghel que j'aime bien.

Mes influences? Je viens de vous les nommer.

J'oubliais mon grand-père Rodolphe René. Mais je ne l'ai pas connu. Il dessinait de jolis chevaux selon ma mère. Il s'occupait des chevaux du boss de la Wabasso, Mister Whitehead. On prétendait qu'il prenait mieux soin de ses chevaux que de ses employés... C'est mon grand-père, cela dit, qui s'occupait des chevaux, pas Whitehead.

Il y a aussi mes deux frères, Serge et Christian, qui dessinaient un peu.

Et puis Alain Pélissier, malheureusement décédé. Un copain d'enfance qui sculptait des monstres en plasticine.

Voilà mes influences, crûment, et sans mentir.

Brueghel, vous savez déjà qui c'est. 

mardi 21 novembre 2017

Les humains sont de ma race

Les États-Unis viennent de retirer le statut spécial qui avait été accordé à des réfugiés haïtiens suite au séisme de 2010 qui avait fait plus de 100 000 morts. C'était sans compter les milliers de morts qui suivirent dans les camps de réfugiés haïtiens avec les épidémies de choléra et autres maladies infectieuses. Le Québec, le Canada et les États-Unis ouvrirent leurs portes aux réfugiés. C'était un devoir d'humanité envers nos semblables.

Au Québec et au Canada, je doute que nous les renvoyions chez-eux. Nous avons bien des défauts. Nous pouvons même nous détester d'un océan à l'autre. Mais, fondamentalement, je crois que nous ne sommes pas mesquins. Je dirais que nous sommes plutôt indifférents et accueillants quand on constate qu'il y a de grands espaces vides entre Trois-Rivières et Vancouver.

Tout le monde connaît la chanson de Gilles Vigneault où il nous dit que son pays c'est l'hiver. Moi, j'ai aussi retenu le bout où il nous chante ceci: 

De mon grand pays solitaire
Je crie avant que de me taire
À tous les hommes de la terre
Ma maison c'est votre maison
Entre mes quatre murs de glace
Je mets mon temps et mon espace
À préparer le feu, la place
Pour les humains de l'horizon
Et les humains sont de ma race

Gilles VigneaultMon pays



Je ne tiens pas à instrumentaliser Vigneault. D'autres l'ont déjà fait... Il demeure que nous avons affaire à un grand poète lorsque je lis ce passage que je viens de vous présenter. Aucun doute. C'est grand, humain, charitable, universel: Québécois.

C'est ça, pour moi, être Québécois.

Cela signifie être un peu poète, accueillant, même si l'on provient de la Côte-Nord ou de Montréal-Nord.

Il ne faut pas se laisser prendre par la peur et encore moins se faire berner par ceux qui profitent de cette peur pour vendre des tee-shirts et véhiculées des idées dignes d'indignité et d'abjection.

Ne laissons pas notre peuple succomber à la fièvre identitaire en nous faisant voir des ennemis partout où il n'y en a pas.

D'aucuns seront tentés de jouer avec le feu au cours des prochains jours.

Je me doute qu'il y aura des réfugiés haïtiens aux frontières, parce que notre voisin vit sous la présidence d'un individu minuscule qui tient pour une vertu d'écraser les écrasés et d'affaiblir les affaiblis. Ceux qui souhaitent appliquer cette doctrine ici ne sont certainement pas les Québécois chantés par Vigneault.

Ni ceux chantés par moi.

Comme le disait feu mon père: «à la guerre, on ne tire pas sur les ambulances.»

J'ajoute ni sur les réfugiés.

On suppléera au manque d'humanité de notre voisin. On prendra les responsabilités sociales qu'ils ne prennent pas.

Comme l'ont fait la Colombie-Britannique et la Saskatchewan du temps où l'Alberta coupait dans l'aide sociale aux moins de 30 ans. Les voisins ont assumé les coûts de la politique antisociale du gouvernement conservateur de Ralph Klein. Une économie sur le dos des économies voisines qui ont encore le coeur à la bonne place...

Je souhaite la bienvenue aux réfugiés, tout simplement, sans faire de parades.

Parce que je suis Québécois.

Parce que les humains sont de ma race.

lundi 20 novembre 2017

Mon billet pour le HuffPost cette semaine

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Gutenberg et le temps des dinosaures

J'essaie parfois de m'imaginer ce que les copistes devaient se dire dans la foulée de l'invention de Gutenberg qui allait faire disparaître leur métier.

-L'imprimerie? Jamais la machine n'arrivera à faire mieux que le travail d'un copiste... J'ai trente ans de calligraphie dans le poignet moi! Et puis cette idée de rendre la lecture accessible à tous, comme si cela ne risquait pas de banaliser l'effort intellectuel...

L'imprimerie serait là pour durer, évidemment. Puis les copistes durent disparaître. On leur a appris à faire autre chose dans les abbayes. Du vin ou des bons fromages.

***

J'essaie parfois de m'imaginer ce que se disent les dinosaures dans la foulée de l'invention de l'ordinateur personnel, de l'Internet et des média sociaux.

J'imagine qu'ils ne veulent pas accepter la défaite et qu'ils vantent ce qu'ils savent faire le mieux, même si c'est devenu tout à fait inutile.

Je ne dis pas que le monde sera mieux. Je dis seulement qu'il est risible de croire qu'il sera pire seulement parce que le temps des dinosaures est passé.

***

Un humoriste rit d'une personne qui affirme avoir été violée. Elle a 34 567 amis sur Facebook qui ne doutent pas de sa parole.

Le lendemain, l'humoriste crie à la censure parce que 575 parmi ces 34 567 amis lui lancent des insultes pour son travail de faiseux de grimaces du Troisième Reich.

Fallait savoir qu'on n'est plus dans le temps de Soirée canadienne.

***

Et ce n'est que le début d'un changement plus grand que vie d'homme n'aurait jamais imaginé...

Et je ne saurais même pas vous dire quoi...

Plutarque vous aurait dit que le dieu Pan est mort, signifiant par là qu'une nouvelle spiritualité allait émerger, rendant caduque l'adoration de Jupiter et de ses lutins.

Il y a quelque chose qui est mort, oui. Et je ne saurais pas vous dire quoi...

Je sais seulement que c'est mort.

On ne croit pas plus en Jupiter qu'en les institutions.

Personne ne se battra pour sauver les ruines de notre monde qui s'écroule.






vendredi 17 novembre 2017

Nous les indifférents

J'ai peu écrit ces derniers jours pour me donner totalement à ma passion d'artiste-peintre. J'ai laissé de côté l'animal politique pour lui préférer quelque chose comme un sentiment d'immortalité. Je ne veux pas dire que je sois immortel, ni que mes oeuvres aspirent à un tel statut. Cependant, j'aurai touché l'infini en pratiquant mon art, un non-lieu où il y a un non-temps et un non-espace.  J'appelle ça l'immortalité. Parce que je suis un peu poète. Peut-être trop. Ou pas assez.

Quoi qu'il en soit, l'art ne me prive pas de réfléchir. Il me permet au contraire de ramener au niveau des futilités les billevesées des uns et des autres qui voudraient nous assommer à coups de théories tellement commodes pour calmer les effets pervers de notre civilisation anxiogène.

J'emploie le Nous volontairement. C'est rare que je le fais. Puis je me suis dit qu'il était possible de dire Nous si je ne disais pas Eux...

Nous, c'est tout un chacun: souverainiste, fédéraliste, humaniste, sataniste, islamiste, communiste, fasciste, anarchiste, capitaliste, animiste ou joueur de bingo. Sans oublier personne. Même pas un prisonnier. Parce que les prisonniers, comme tous les imbéciles que Nous sommes, ont aussi des droits. Moins que ceux qui sont en liberté pour que ceux qui le sont n'aient pas envie d'aller les rejoindre. Suffit de manger des toasts molles à tous les matins pour avoir l'envie de donner du sens à la vie en liberté pour y mordre à pleines dents.

Je ne savais pas, avant aujourd'hui, que je pouvais moi aussi dire Nous. C'est donc dire que ma retraite artistique a été productive au plan de l'esprit. Mon intellect est devenu encore plus libéral, au sens philosophique du terme, moins empesé de haine et toujours plus bienveillant même envers les haineux.

La Meute aussi dit Nous. Et d'autres organisations paramilitaires aussi. Il y a même des partis qui parlent au Nous. Le problème, c'est que leur Nous ne récolte jamais plus de 20% d'adhésion. Alors que le Nous inclusif, libéral et multiculturel, c'est un rendement de 80% à tous coups pour la première personne du pluriel.

Évidemment, il faut dire que ce Nous presque parfait profite de la bienveillance des indifférents. Bienveillance qui s'ignore, peut-être, mais bienveillance tout de même. L'indifférence protège autant les autres de nos excès qu'elle nous épargne de ceux d'autrui. S'il n'y avait pas l'indifférence, croyez-moi, ce serait la guerre civile.

En ce moment, le Nous n'a rien à voir avec le fascisme, ni avec le communisme, ni même avec le nationalisme.

La plupart des gens autour de moi ne s'étrangleraient pas pour un sermon.

Ils vivent leur vie au jour le jour et au petit bonheur la chance.

Ils se font à l'idée que tout va changer puisque tout a toujours changé quoi que l'on fasse ou ne fasse pas.

Hier, les mariages gais.

Demain, une colonie sur Mars. Ou bien des électrodes dans le cul.

Que voulez-vous? Le monde et les temps changent.

Nous y sommes parfois pour quelque chose.

Et parfois pour rien.

Ce Nous n'exclue personne.

Il vous dit d'arrêter de chialer pour rien et de dénigrer vos voisins.

Je regarde la poutre qui est dans mon oeil avant de regarder la paille dans celui du voisin, de l'étranger, de l'immigré ou du métèque.

Ma poutre est pas mal plus grosse qu'une écharde.

Je sais bien que certains d'entre vous n'ont rien à se reprocher.

Certains sont seulement normaux.

Comme ceux qui écoutent les lignes ouvertes des radios poubelles et commentent sur les forums en ligne des média jaunes. Ils sont tout à fait normaux. Ils ne l'étaient pas avant que de consommer leur ration quotidienne de haine. Au bout de trois jours de pratique assidue, ils ressentaient déjà la normalité s'insinuer en eux-mêmes. Les voilà qui riaient tous des races et des tapettes comme dans le bon vieux temps, du temps où les gens étaient NORMAUX!

Le seul Nous qui compte devrait bien sûr être celui qui nous préserverait de ces gens un peu trop normaux pour les laisser former une majorité.

Je fais appel à tous les indifférents d'être encore plus indifférents.

Je sais que je peux compter sur le soutien des indifférents.

Je sais que Nous formons la grande majorité sans laquelle tout ce pays serait transformé en épouvantable chaos.

Je ne suis pas indifférent, j'en conviens.

Je suis un peu artiste, plutôt anarchique, en-dehors de tout système par instinct primaire de conservation.

Je porte souvent des pancartes, je signe des pétitions et loge plutôt à l'extrême-gauche pour des raisons qui ont plus à voir avec Tolstoï qu'avec Lénine. Je déteste l'injustice et suis même une sorte de licorne de la justice sociale, un idiot utile.

Par contre, j'aime les indifférents.

Ils me rassurent.

Ils me disent que Nous avons encore une chance de s'en sortir.

jeudi 16 novembre 2017

Une nouvelle toile: la chasse-galerie !


Offre de service pour un poste de grand patron

Sorel, 16 novembre 2017

À Mme Claire St-Clair
Directrice des ressources humaines
Manufacture du pneu recyclé
13, rue des Ormes
Josephville, Québec


Objet: Offre de service pour un poste de grand patron


Madame St-Clair,

Je vais aller droit au but: j'ai changé.

Je suis en ce moment conférencier pour les Alcooliques Anonymes et j'ai appris beaucoup sur ma maladie.

Je n'ai jamais été un mauvais garçon mais il m'est arrivé de tuer quelques personnes parce que j'avais un peu trop bu. Tant que je n'avais justement pas réglé cette dépendance à l'alcool et aux drogues, tous mes efforts étaient vains pour me faire suivre le droit chemin. Or, je n'ai rien bu depuis déjà 12 jours et me sens mûr pour relever de nouveaux défis qui rendront grâce à Dieu et à sa création. Savez-vous que Dieu nous aime Madame St-Clair? Moi je le sais maintenant.

En plus d'avoir tué deux ou trois fois, j'ai passé quelques années en prison. Rien de trop grave. Six ans pour vols multiples, extorsions et menaces de mort. Une bagatelle quand on sait qu'il y a des pédophiles en liberté. Ce qui n'est pas mon cas. Vous pouvez donc me laisser sans crainte en présence de vos enfants si vous en avez. Je ne dis pas que je saurai en prendre soin. Mais je ne les dérangerai pas s'ils ne me dérangent pas. Au pire, je leur dirai d'aller jouer ailleurs.

Ce qui m'amène à vous parler de mon expérience. En prison, j'ai pu terminer mon secondaire 5. J'ai un cours en arts plastiques. Je suis devenu un spécialiste en sculpture d'organes génitaux des deux sexes. Je répondais ainsi aux commandes de mes codétenus qui me payaient bien pour améliorer mon ordinaire carcéral. En ce moment, je sculpte des porte-clés dans des noyaux de pêche. Je les vernis une fois que c'est terminé. Ceux qui ne m'en achètent pas sont rares.

Je suis une personne plutôt calme dans les moments où tout le monde panique. Je n'ai jamais tué que de sang-froid, même si l'alcool était en jeu. Ce qui fait de moi le candidat idéal pour un poste de grand patron: calme et efficace, jamais froid aux yeux, comprend que les affaires sont les affaires sans sourciller, sans avoir des états d'âme de séminariste déconfit.

Mes accointances avec toutes sortes d'individus louches et peu recommandables font de moi un allié sûr pour le développement de vos affaires. Moi et mes nouveaux amis rencontrés en prison savons comment amadouer les mauvais payeurs pour leur faire, excusez l'expression, «cracher le morceau».

Si vous cherchez un grand patron, c'est moi qu'il vous faut.

Je vois grand. Je vois large. Vos pneus recyclés se vendront comme des petits pains chauds, de gré ou de force.

Vous pouvez laisser un message à Bob, à la maison de transition où j'habite en ce moment. Son numéro de téléphone est 333-622-2589 extension 3597. Il vous donnera de bonnes références à mon sujet. Bob n'a jamais volé quoi que ce soit sinon il ne pourrait pas être intervenant à la maison de transition. S'il vous dit que je suis un bon gars, c'est donc qu'il le dit de son propre gré sans que je ne lui aie tordu un bras.

Je serais évidemment fort ravi de vous rencontrer afin que je devienne le grand patron de votre manufacture de pneus. Évidemment, il faudra songer à changer le nom de votre entreprise quand je serai grand patron. Je préférerais PNEUS RECYCLÉS LA BRAOULE. Comme je suis connu comme Barabbas dans la Passion, c'est tout à votre avantage de donner mon nom à votre entreprise qui ne doit pas rouler fort, fort par ailleurs.

Recevez, Madame St-Clair, mes salutations.

Ce sera un privilège que de tous vous diriger, vous et tous les autres que je ne connais pas encore.


Raoul La Braoule
Candidat au poste de grand patron
Centre de transition Des Érables
Laissez un message à Bob
Té.: 333-622-2589

PS: Je n'ai pas de curriculum vitae. Je n'aime pas étaler ma vie privée sur papier.

PJ: Il n'y a pas de pièces jointes

RLB/rlb

mercredi 15 novembre 2017

Novembre ne me fait pas déprimer

J'aime le mois de novembre.

Quand j'en entends se plaindre de lui, je m'insurge.

En novembre, le froid revient. Et puis après? L'eau du robinet aussi devient froide et, de plus, elle ne goûte plus l'eau de javel.

Les braillards, les pleurnichards et les autres n'ont qu'à se faire du feu. Ou bien qu'ils aillent vivre au soleil en exploitant la misère des pauvres gens dans des paradis pour riches.

***

La neige. Beaucoup s'en plaindront encore. Surtout ceux qui ont un véhicule. Ce sont les pires braillards. Cela explique en partie pourquoi je me déplace à pied ou en vélo. L'autre partie a trait à mes yeux astigmates qui me font faire le focus avec un décalage horaire. À haute vitesse, c'est comme si j'étais sous les feux d'un stroboscope.

Donc, j'aime la neige.

C'est beau, vivifiant et propre.

***

Voilà tout ce que j'ai à dire aujourd'hui.

mardi 14 novembre 2017

Aphorismes

«Toute théorie est sèche et l'arbre de la vie est fleuri.» Goethe

Je ne savais pas comment le dire, alors je l'ai écrit.

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La poésie va de pair avec tout, même avec la philosophie. 


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Les sciences humaines deviennent humaines seulement lorsqu'elles cessent de faire semblant d'être des sciences.

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Je suis content de l'existence de la charte des droits et libertés pour nous protéger des manigances nationalistes qui excitent les foules à mener des pogroms d'un nouveau genre envers les Sémites de toutes confessions..

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Les nationalistes québécois ne sont pas racistes: ils sont hypersensibles et n'aiment pas que l'on rie des idées du Front National. Ils appellent ça, sans rire, pratiquer de la censure médiatique...

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Chaque groupe humain génère son lot de fous enragés fanatiques qu’il faut museler. Nous devons les meilleurs moments de l’humanité à une forme de bienveillante indifférence qui nous protège autant de nos propres excès que de ceux d’autrui.

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Aucun métier n'est aussi méprisé que celui de politicien: peut-être parce que les politiciens ne réalisent pas que la politique n'est pas un métier.

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Je ne me ferai jamais complice de ceux qui veulent couper des barbes, des cheveux boudinés ou bien arracher des voiles sous le seul prétexte d'unifier l'empire sous le couvert d'une religion unique qui n'ose pas se nommer.

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Qu'est-ce qu'un islamophobe? Essentiellement quelqu'un qui chie encore dans ses culottes.

***

S'en prendre au multiculturalisme c'est comme s'en prendre au cosmopolitisme: faillite annoncée d'une idée qui n'en sera jamais une. Promener un chef sur un bouclier comme dans un village gaulois? Non merci.

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Qu'est-ce qui menace le plus nos droits et libertés? Les historiens amateurs...

***

Notre peuple, notre nation... nous allons disparaître! Il n'y aura plus de polkas. Ni de saucissons polonais. 60 000 manifestants dans les rues de Cracovie pour réclamer une Pologne plus blanche, sans racaille et sans étrangers... 

***

Je ne savais pas comment l'écrire. Alors je l'ai dit.


lundi 13 novembre 2017

Better Call Saul et mes anecdotes

J'ai visionné deux saisons complètes de Better Call Saul, un spin-off de la série Breaking Bad qui relate la vie de l'avocat Jimmy McGill avant qu'il ne devienne Saul Goodman. C'est plus humoristique que Breaking Bad et les personnages sont toujours improbables. On se croirait en pleine comédie humaine. Le frère de Jimmy, Chuck, est un grand avocat rigoureux et honnête. Il est allergique aux ondes magnétiques et porte toujours sur lui une couverture d'aluminium. Jimmy voudrait devenir avocat mais Chuck est convaincu que Jimmy est trop croche pour faire honneur à la profession.

Les frontières entre le bien et le mal sont toujours difficiles à définir dans l'univers de Breaking Bad tout comme dans celui de Better Call Saul.

Cela dit, cette introduction doit servir de prétexte à une autre de mes anecdotes...

En fin de semaine, en écoutant les premiers épisodes de la deuxième saison, je suis tombé sur une scène où Jimmy McGill se fait prisonnier d'une pièce du sous-sol d'un centre commercial après que la porte se soit refermée et barrée derrière lui.

-No! No! No! hurla-t-il en anglais en constatant que l'édifice était vide et que personne ne viendrait le chercher avant un bout.

Jusque là, rien qu'une histoire bien banale.

Pourtant, elle m'est restée à l'esprit. Allez savoir pourquoi.

Tant et si bien que, tout à l'heure, je me suis retrouvé coincé dans un portique après qu'une porte se soit refermée et barrée derrière moi.

J'ai appelé le concierge: il ne serait pas là avant deux ou trois heures...

Gulp!

-Non! Non! Non! hurlé-je presque.

Puis j'ai réfléchi. Ce qui me prend parfois 10 secondes et parfois vingt minutes...

Au bout de vingt minutes, j'ai appelé l'un de mes collègues pour me sortir de cette situation en prenant le chemin en sens inverse. Il a finalement réussi à ouvrir la porte de l'intérieur. Et j'ai pu revenir à mes affaires...

samedi 11 novembre 2017

Jour du Souvenir

La guerre, Otto Dix
C'est aujourd'hui le Jour du Souvenir, l'Armistice, bref le 11 novembre.

Les députés de Québec Solidaire arborent le coquelicot blanc sur le revers de leur uniforme parlementaire. Le blanc évoquerait aussi les victimes civiles.

On connait la propension des militants solidaires à apprécier le rouge. Je ne savais pas qu'il fallait maintenant lui préférer le blanc qui, techniquement parlant, n'est pas une couleur.

Évidemment, il fallait s'y attendre, des militaires de métier se sont sentis outrés. On peut les comprendre, mais pas trop longtemps s'il-vous-plaît. La guerre est une abomination. Les soldats sont la chair à canon d'intérêts qui n'ont pas toujours à voir avec celui de la soi-disant patrie.

Beaucoup de soldats et beaucoup de civils sont morts pour rien.

On meurt toujours pour rien quand on n'a pas choisi de mourir.

Le sulfureux Louis-Ferdinand Céline l'a expliqué mieux que quiconque dans son roman Voyage au bout de la nuit. J'hésite à vous en citer des extraits. D'abord parce que je suis paresseux. Et ensuite pour vous donner l'envie de le lire. Quoi qu'il en soit, je n'ai pas eu besoin de lire ce roman pour me convaincre que la guerre était toujours absurde du point de vue de celui qui a un éclat d'obus dans le ventre.

Coluche, un autre clown français, illustrait bien toute l'absurdité de nos guerres modernes par une formule que je reprends ad nauseam. «La Première guerre mondiale a tué un militaire pour dix civils. La Deuxième guerre mondiale, un militaire pour cent civils. Pour la Troisième guerre mondiale, engagez-vous: seuls les militaires survivront!»

On ne doit pas prendre ça au pied de la lettre. mais cette saillie a du vrai.

Je n'oublie certainement pas les soldats morts au front. Parfois pour rien. Pour des raisons qui en cachaient d'autres.

Qui devient soldat? Des pauvres, généralement. L'individu qui n'a pas de travail, pas d'avenir, pas de scolarité. C'est sur lui que compte la Nation pour lui faire faire n'importe quoi, au nom de n'importe qui. Qui meurt au front? Les pauvres, évidemment. Les gosses de riches se cachent dans les états-majors et disent aux pauvres comment mourir.

Aujourd'hui, Jour du Souvenir, je pense à tous ceux et celles qui sont morts pour rien.

À ceux et celles qui me rappellent ce vieux vétéran de la Deuxième guerre mondiale qui ne voulait plus participer au Jour du Souvenir. Il disait que les vrais héros, pour lui, ils étaient enterrés là-bas.

Tous ceux qui portaient des médailles, aujourd'hui, en tremblant sur leurs vieilles pattes, ne les méritaient pas. Et il s'incluait peut-être parmi ce nombre. Engagé volontaire en 1939, parti à la guerre sur un coup de tête parce qu'il voulait quitter le foyer familial et «faire sa vie», ce soldat-là, dis-je, pleurait le Jour du Souvenir. Il pleurait sans avoir à s'expliquer. Il se souvenait qu'il se cachait sous les cadavres de ses amis pour se protéger des balles des soldats Allemands. Il voyait des images de la guerre qu'on vous montre rarement. Des soldats qu'on bourrait de drogues, probablement des amphétamines, pour qu'ils soient des machines à tuer. Des soldats qui avaient peur et chiaient vraiment dans leurs culottes.  Des soldats qu'on abattait s'il refusait de débarquer sur la plage pour affronter l'ennemi. Puis des soldats qui, avec les civils, ont parfois fait un peu n'importe quoi, comme dans toutes les guerres, que l'on ne racontera pas ici...

Les civils, quoi qu'il en soit, ont leur place dans le Jour du Souvenir.

Je dirais même que tout le monde à sa place dans un jour dont l'origine rappelle qu'on devait mettre fin à toutes les guerres.

Et puis, chers lecteurs et lectrices, cela me rappelle inévitablement ce grand sage Haudenosaunee. Il s'appelait Deganawidah. On le surnomme aussi le Grand Faiseur de Paix. Je pourrais vous trouver la citation exacte mais je suis trop paresseux. Cherchez par vous-mêmes! Néanmoins, je me souviens qu'il disait qu'il fallait enterrer toutes les haches de guerre dans un trou, planter une graine de chêne par-dessus puis laisser pousser l'Arbre de la Grande Paix.

C'est bien ce que l'on devrait faire. Enterrer nos missiles, nos lance-roquettes et nos couteaux à steak. Puis planter un arbre. Voire tout plein d'arbres partout, partout. Pour avoir la Paix.

Je n'ai rien à reprocher au coquelicot blanc.

La guerre est une abomination.

Le Jour du Souvenir n'a pas à faire abstraction des civils.

D'autant plus que les civils, à l'ère des drones, tombent comme des pommes.

Ça suffit. Give peave a chance!


jeudi 9 novembre 2017

Réflexion sur un problème ontologique


Nouveau tableau grand format: Samedi soir sur la rue des Forges

Il semble que tout accouchement se fasse dans la douleur. Je ne suis ni une femme ni un gynécologue pour vous le confirmer. On en a fait un proverbe. J'imagine qu'il doit y avoir un fond de vrai.

Quoi qu'il en soit il m'arrive souvent d'accoucher de mes oeuvres dans la douleur. La dernière heure que je passe sur ma toile est la plus exténuante de toutes. C'est dans cette dernière heure où je baigne dans le doute, comme le Christ au Jardin des Olives. C'est là que je me demande pourquoi ceci et pourquoi cela. La dernière heure où je crains d'être un imposteur, d'abaisser mes standards de qualité pour faire de la quantité. Je crains aussi de bâcler mon travail. Puis je me demande s'il m'est possible de pousser encore plus loin...

Parfois, il faut refuser les tourments de cette dernière heure et remettre au lendemain une tâche qu'on croyait finir le soir-même.

Hier, au bout d'un long ballet de pinceaux et de couleurs, j'ai finalement accouché de cette toile qui fait d'ores et déjà partie de mes oeuvres maîtresses. Elle s'intitule Samedi soir sur la rue des Forges.

L'été, à Trois-Rivières, la rue des Forges devient piétonnière le samedi soir. Cela attire des tas de curieux. D'autant plus qu'il s'y tient des tas d'activités, de l'animation de rue, etc.

En regardant bien, ça et là, vous trouverez peut-être un personnage que moi-même j'ai déjà oublié tellement ils sont nombreux sur cette toile. Si vous êtes de Trois-Rivières, il se pourrait que vous reconnaissiez l'un ou l'autre de ces badauds. Ne m'en voulez pas de vous avoir peint si c'est le cas.

Cette oeuvre peut être contemplée ou vouée aux gémonies (jusqu'à ce qu'elle soit vendue...) à mon atelier-galerie d'art. Sur rendez-vous ou bien les fins de semaine, de 13h00 à 17h00. Pour me rejoindre: bouchard.gaetan@gmail.com




















mercredi 8 novembre 2017

Le quorum est composé des membres présents

J'ai siégé à titre de représentant de l'Association générale des étudiants et étudiantes de l'UQTR (AGEEUQTR). C'était en 1989. J'avais été nommé délégué par mes pairs étudiants en philosophie. À titre de soi-disant philosophe, j'ai pris à coeur le dossier de la gratuité scolaire, de la maternelle jusqu'à l'université. J'avais plutôt l'air d'un chien dans un jeu de quilles au sein de l'AGEEUQTR. Je prônais des idées anarchistes. Je distribuais des dépliants en faveur de la grève pour protester contre le dégel des frais de scolarité.

Quelque chose me faisait tiquer dans les statuts et règlements de l'AGEEUQTR de l'époque. Il était, entre autres. écrit que le quorum était composé des membres présents.

-Ça veut dire quoi le quorum est composé des membres présents, demandé-je naïvement.

-Ça veut dire que les gens qui se déplacent pour l'assemblée, qu'ils soient dix ou cent, peuvent prendre des décisions pour tout le monde... me répondit-on.

-Autrement dit, si je comprends bien, il n'y a plus de quorum?

-Heu... Non... Oui... Le quorum est composé des membres présents...

***

Cette anecdote me revient en mémoire chaque fois que je réfléchis sur ce que l'on appelle sans rire le «pouvoir du peuple».

Le taux de participation baisse à chaque élection. Dans mon district électoral, le 5 novembre dernier, seulement 39% de la population a voté. 61% des électeurs ont boudé les urnes. Ce n'est certainement pas un score pour nous dire que tout va bien avec notre manière de vivre au jour le jour notre démocratie parlementaire.

Malheureusement, nous nous sommes enfermés dans la logique de la vieille politique telle qu'on la pratiquait au XIXe siècle.

On n'a pas fini de dire que le quorum est constitué des membres présents...

Le taux de participation ne pourra pas descendre sous la barre de 10% sans que 90% des autres ne songent à changer de jeu.

mardi 7 novembre 2017

Étapes sur les chemins de ma vie

Je n'ai pas approfondi l'oeuvre de Sören Kierkegaard et ne saurait vous en parler qu'en parfait profane. J'ai lu quelques trucs par-ci par-là. Dont Les étapes sur les chemins de la vie.

Je vais détourner un peu le titre: Étapes sur les chemins de ma vie.

Évidemment que je ne suis pas Kierkegaard. Ni Papineau. Ni Rembrandt. Ni Donald Trump.

Et ce n'est pas par vanité que je m'expose ainsi à la première personne du singulier.

On ne peut pas parler des étapes sur le chemin de la vie sans penser d'abord aux siennes. Autrement, on n'est pas vivant mais plus mort que le poisson mort.

D'aussi loin que je me souvienne, j'étais du genre à m'isoler. Je jouais souvent seul. Je parlais même avec des lutins. J'allais à la messe le dimanche en discutant avec mon ami El Lutin, un gnome avec des oreilles pointues qui marchaient sur les piquets de clôtures pour être à ma hauteur.

Puis El Lutin est disparu. Je devais avoir trois ou quatre ans. Ma coupe de cheveux de jeune Saint-Jean-Baptiste frisé a fait place à une coupe de cheveux René Simard. Du genre on te met un bol sur la tête et on coupe tout ce qui dépasse.

Je m'isolais encore dans mes jeux. Quand on venait nous visiter, j'allais me cacher dans le garde-robe ou bien sous le lit. Les contacts humains m'effrayaient. Ou bien ne me donnaient pas assez. Je ne sais trop.

À l'école, j'étais premier de classe. Je réussissais sans efforts. J'étudiais peu. J'avais souvent six mois d'avance sur le groupe. Pour me faire patienter, mes institutrices m'envoyaient à la bibliothèque d'où je revenais encore plus arrogant, défiant la science du corps professoral comme le petit Christ devant les docteurs du Temple de Jérusalem.

Cette arrogance cachait sans doute une grande fragilité. Je m'en rends bien compte aujourd'hui,

Quoi qu'il en soit, j'ai appris à magnifier cette arrogance pour me consoler d'être aussi distant dans mes amitiés et mes rapports sociaux.

Puis vint l'adolescence et ces premiers tourments amoureux.

Je n'avais que des mots. Trop de mots. Je ne savais pas comment séduire. Ni comment interpréter les signes de la séduction. J'aimais de moins en moins ma solitude. Je m'enfonçais dans une version idéalisée de ma vie où je faisais figure de guerrier qui gagnait à tous coups. J'allais gagner sans l'aide de personne. Ce ne fut pas le cas.

Je serais demeuré un petit merdeux infatué de lui-même et imbuvable si je n'avais pas connu des passions fort heureusement destructrices au début de ma vingtaine: l'amour, le sexe, les drogues et le rock and roll. Ces passions contribuèrent à tuer la part la plus conventionnelle et la plus institutionnalisée de moi-même. J'en sortis fripé, et même un peu paumé, mais farouchement libre. J'avais vaincu en moi-même le monstre de logique, le petit calculateur, le fanatique anarchiste, le gérant de caisse populaire, voire le curé. Il ne restait plus que l'artiste dans sa dimension la plus cosmique, pour ne pas dire comique...

L'amour m'a délivré de l'esprit de sérieux et m'a rendu plus poète, plus artiste, plus musicien. Je me suis mis à faire de la musique, à monter sur scène, à me donner en spectacle. Je voulais devenir Jim Morrison ou rien...

Il restait encore quelques pas à franchir.

Ils furent franchis en voyageant tout fin seul d'un bout à l'autre du pays, sur le pouce.

J'ai oublié que j'étais Gaétan Bouchard.

Les Yukoners ne savaient pas prononcer mon prénom, Gaétan. Ça sonnait comme Gitan pour eux.  Ils m'appelaient tout simplement Djitane, Gipsy, Gryzzli ou bien Sasquatch. Je n'étais donc plus le même. Personne ne connaissait mon enfance, mon adolescence et ma vie de jeune adulte. J'étais seul mais libre comme l'air. Et je me suis fait des tas d'amis solitaires sur la route que je n'ai jamais revus ensuite. Le monde, du point de vue du voyageur, était bien meilleur qu'il ne l'aurait semblé pour le sédentaire.

J'ai connu quelque chose comme un éveil spirituel sur la côte Ouest.

Je suis revenu différent, plus détaché, moins anxieux.

Les années passèrent.

La trentaine survint.

J'ai rencontré la femme de ma vie à 33 ans. Je vis encore auprès d'elle. Elle avait des enfants. J'ai donc appris à prendre soin des enfants, ce qui a radicalement changé mon point de vue sur la vie.

Le je s'est mis à prendre moins de place.

L'ego s'est dégonflé.

La compassion et l'empathie ont pris plus d'importance.

Je me suis mis à révéler mes sentiments plutôt que de les taire.

Je me suis surpris à me sentir capable de dire je t'aime. Et non seulement de le dire, mais aussi de le ressentir. Ce qui était tout un exploit!

Avec la quarantaine, je finis par trouver peu à peu ces certitudes incertaines qui me consolent de certaines incertitudes.

Mon rythme de vie s'est simplifié: moins d'angoisse, moins de situations grégaires, moins d'alcool, moins de bruit, moins de télé.

Je suis à l'aube de ma cinquantaine. Quelques petits bobos ici et là me confirment que je tomberai un jour ou l'autre en mille morceaux. Pour le moment, le navire flotte encore et défie toutes les tempêtes sur tous les océans de la vie.

Je suis un peu plus sensible en vieillissant. J'ai souvent la larme à l'oeil pour des niaiseries. Évidemment, je ne m'en vante jamais. C'est un secret que je partage avec vous. Je deviens un vieux braillard. Les yeux embués pour un aria de Verdi ou bien un radis. Comme si tout était trop beau, trop merveilleux et trop émouvant.

Qui serai-je demain?

Je me vois vieillir en lenteur, toujours plus prompt à pardonner les bêtises humaines ou bien à m'en éloigner à jamais.

Je souhaite devenir encore plus ouvert, plus tolérant et même plus calme bien que je le sois déjà trop pour d'aucuns.

À mon dernier souffle, j'aurai sans doute le sentiment d'avoir mené ma barque comme il se devait. Je n'aurais pas pu la mener autrement parce que le monde tel qu'il est m'a toujours profondément ennuyé. Hormis les arbres, les lacs, les planètes, les étoiles et les animaux...

Où en suis-je? Ici, devant mon écran.

Et pas plus loin que ça pour vous torcher un papier ayant trait aux étapes sur les chemins de ma vie.





lundi 6 novembre 2017

Je suis Montréal


Valérie Plante Coderre...

Denis Coderre a bien tenté de faire peur aux Montréalais en leur disant qu'un vote pour Projet Montréal et Valérie Plante était un vote pour Québec Solidaire. Ça n'a pas fait peur aux Montréalais. Peut-être même que ça les a incités à voter.

Le progrès social est toujours passé par Montréal avant que de s'instaurer dans le reste du Québec.

J'ai vécu quatre ans à Montréal et quatre ans à Québec. Mes quatre ans à Québec m'ont laissé des souvenirs amers. Mes quatre ans à Montréal baignent encore dans une certaine lumière.

Montréal ou Québec? On se pose souvent cette question à Trois-Rivières, située à mi-chemin entre les deux.

Moi, eh bien, je suis Montréal.

Je suis pas mal du genre intellectuel du Plateau Mont-Royal.

Je suis arrogant envers les crétins racistes, les boursouflures de la politique traditionnelle et les pantins des multinationales.

J'écoute la musique de Pierre Lapointe et de Klô Pelgag et j'aime ça.

Je vais voir les films de Xavier Dolan.

Je suis inclusif, multiculturaliste et socialiste.

Je suis Montréal.


samedi 4 novembre 2017

Mon nouveau billet pour le Hufftington Post

Mon nouveau billet pour le Hufftington Post après une pause d'un mois pour me nettoyer le cerveau des conneries qui circulent sur les médias tant sociaux que traditionnels.

jeudi 2 novembre 2017

Tuerie, maladie, fin du monde, nouvelles, oreilles de lapin numériques, TVA Nouvelles... etc.

Un type a tué huit personnes hier à Manhattan en fonçant avec son véhicule sur une piste cyclable.

Je plains les victimes, bien entendu.

Je me demande comment les gens peuvent être aussi méchants et aussi déséquilibrés...

Puis j'oublie. J'oublie tout ça. Parce que nous baignons constamment dans des scénarios d'horreur. 

Ça devient dangereusement banal. 

L'anthropophagie a encore de belles années devant elle...

***

Vivra-t-on un jour dans un monde devenu tellement malade que ce sera la guerre de tous contre chacun et de chacun contre tous?

Oui. Nous y sommes déjà.

Comment s'en sortir? En collaborant le moins possible avec ce monde. En créer un nouveau à petite échelle et le laisser grandir. C'est ma seule réponse. D'autres en auront de plus jolies que la mienne.

Au lieu de critiquer l'insignifiance, se donner des raisons de croire que l'on signifie quelque chose...

***

La télé. Je ne l'écoute plus depuis des années. J'avais encore la faiblesse l'an dernier d'écouter parfois le TVA Nouvelles parce que c'est le seul poste que l'on captait avec les oreilles de lapin numériques. Depuis que j'ai mis fin à cette mauvaise habitude, je me sens moins abruti.

Je lis mes nouvelles sur l'Internet le matin et passe rapidement à autre chose.

Quand je regarde la télé, c'est pour visionner un film, un documentaire ou une télésérie. Je choisis ce que je regarde. Je ne veux plus rien savoir des niaiseries hurlantes de la télé.

***

Sur ce, je retourne à mes réflexions.

Il doit bien en traîner une ou deux quelque part.

Mais comme ça, là, ça ne me vient pas du tout à l'esprit.

Donc: @ bientôt!

mardi 31 octobre 2017

Le magicien d'Oz à Trois-Rivières

Je ne suis pas si courageux que ça voyons!

On me dit courageux. Courageux parce que je fais du vélo tôt le matin quand le mercure frôle le point de congélation.

-Il doit faire froid! Brrr... J'en gèle pour toi!

-Il n'y a aucun courage là-dedans... Cela fait partie de mon hygiène de vie et j'en tire un certain plaisir. C'est parfois la plus belle aventure de ma journée. Ce n'est pas un sacrifice. C'est une libération. Donc, aucun courage là-dedans.

On doit me trouver pisse-vinaigre et sans doute le suis-je un peu.

Vous comprendrez que ça me chicote de passer pour un aventurier seulement parce que je fais du vélo ou vais à pied acheter des trucs au dépanneur. Cela me désole pour eux.

Si moi, le gros lard, je peux faire ça, eh bien pourquoi n'en faites vous pas autant, sinon plus que le gros lard? Je n'y comprends rien.

Et tant qu'à n'y rien comprendre, aussi bien pédaler tout autour de la ville en se laissant pratiquement mener tout seul par son vélo. Ne serait-ce que pour démontrer à toute la ville que les gros lards ne sont pas tous empotés et qu'ils ont parfois des mollets gros comme des troncs d'arbre.

***

Il y avait de fortes pluies assaisonnées de forts vents hier. C'est de saison.

Les vents atteignaient autour de 100 km/h.

Heureusement j'eus le vent dans le dos tant le matin que le soir, pour mon retour.

Et même que mon retour a été spectaculaire.

Je n'aurai jamais roulé aussi vite en vélo. J'étais sur ma plus haute vitesse sur mon Peugeot et c'était comme si je pédalais dans le vide. C'était comme si mon dos servait de voile. J'allais tellement vite que j'avais l'impression que mon vélo était sur le point d'éclater.

Je m'arrête à un stop, au centre-ville, au coin des rues St-Georges et Notre-Dame. Je pose le pied à terre et le vent, croyez-le ou non, m'entraîne dix pieds plus loin. Je ne peux même plus stopper pour faire mes arrêts tellement les vents me poussent. Je monte la côte de la rue Notre-Dame comme si je la descendais. J'ai soudain l'impression que le gros lard ne pèse plus que 75 livres tout trempe. Vers l'infini et plus loin encore... Je suis aspiré par un trou noir... L'espace-temps se dilate... Impressions propres aux intellos qui se farcissent trop de science-fiction.

Je ne me souviens pas d'avoir roulé aussi vite sur un vélo.

Je vous avouerai même que c'était un peu sinistre comme balade en vélo. Les branches des arbres craquaient au-dessus de ma tête. Les toitures laissaient s'envoler des bouts de tuiles goudronnées. Je m'attendais au pire. Comme de recevoir une baleine en pleine figure.

***

Ce matin, les vents sont tout aussi violents.

J'ai roulé à la vitesse d'une tortue, à contre-vents. C'était comme si je n'avançais pas.

Je me suis mis à penser à toutes sortes de niaiseries en pédalant comme si je grimpais l'Everest.

-Il devrait y avoir un système de voiles après les vélos... Ou bien une manière de convertir en énergie un vent de face... Ou bien, pourquoi pas, quelque chose comme une invention de Tesla: capter les ondes gravitationnelles de la Terre dans un oscillateur pour en produire une énergie gratuite et perpétuelle...

Vous voyez bien que je suis un christ de fou.

Ou bien que le vélo ça fait réfléchir...

Ça dépend de qui vous êtes.

Mes amis m'acceptent comme je suis.

Les autres n'ont qu'à ne pas me lire.

On ne gagne jamais rien à se faire tarabuster par des gens méchants.

Ce n'est même pas divertissant.

Aussi bien les flusher tout de suite.

Je crois en leur rédemption mais je ne m'en ferai pas l'initiateur.

J'ai d'autres choses à faire, moi.

Comme faire du vélo par exemple.

Du vélo jusqu'à la première neige.

Dès que je risquerai de me casser la gueule, je rangerai mon vélo.

Et vous savez pourquoi?

Parce que je n'ai pas tant de courage que ça.



lundi 30 octobre 2017

Pourquoi je vais encore voter...

Beaucoup de gens autour de moi n'iront pas voter. Je suis sensible aux raisons qu'ils me donnent. Je comprends leur lassitude, leur refus de jouer un jeu où ils sont toujours perdants quoi qu'il advienne. Comme si les dés étaient pipés et que tout était décidé d'avance.

Je suis sensible aux abstentionnistes qui me disent qu'ils ne veulent pas apporter à notre système électoral une légitimité indue.

Cela dit, j'irai voter.

De reculons, sans doute, mais je vais tout de même y aller.

Parce qu'il n'y a rien d'autre pour le moment.

C'est ça et c'est tout.

J'irai voter. Et puis après?

Et puis après quoi? J'aurai voté...

***

Personnellement, mes idées politiques me semblent à 100 années lumière de celles véhiculées par l'ensemble des politiciens.

D'abord, je ne crois pas aux «leaders» autoproclamés. Ce n'est pas parce que tu as assommé tout le monde autour de toi que tu es un leader. Tu es seulement un hostie de sale qui a assommé tout le monde autour de toi. Pas besoin d'en rajouter pour te donner bonne conscience d'être un hostie de sale.

Bref, je ne voterai pas pour un hostie de sale.

Je vais probablement voter pour ce que l'on m'offre pour le moment. C'est-à-dire pour le moins sale.

Mais cela ne suscitera pas mon adhésion. Ni mon enthousiasme. Et encore moins mon admiration.

Je comprends que notre démocratie est malade.

Son modèle correspond à une époque où 80% de la population ne savait ni lire ni écrire. Aujourd'hui, même les gens qui ne savent ni lire ni écrire peuvent se mettre à parler au monde via les médias sociaux. Ça ne semble pas toujours un progrès. Mais ce serait fou de croire que cela ne changera pas nos rapports sociaux et, ultimement, notre relation avec la politique.

La démocratie parlementaire telle qu'elle existe est déphasée par rapport à notre époque qui, à plein d'autres niveaux, favorise la prise de parole et de pouvoir.

C'est parce qu'il n'y a pas assez de démocratie dans la démocratie que la démocratie indiffère tout un chacun. Nous sommes entrés dans le 21e siècle avec un vieux tacot qui ne nous rend plus service. Il faudra songer à modifier le moteur. Voir à changer de véhicule. Il y en a de meilleurs qui sont plus interactifs...

Des réformes viendront inévitablement.

Quant à moi, je serais pour que l'on choisisse au hasard les représentants du peuple, comme on le fait pour les jurés lors d'un procès.

Je ne m'expliquerai pas plus longtemps sur cette idée.

Elle suivra naturellement son chemin jusqu'à sa réalisation.

Si nous sommes tous égaux, il n'y a aucune raison pour que le vote ne soit pas fait au hasard...

Est-ce utopique? Non. Ça se faisait ainsi, parfois, dans la Grèce antique. Et ça se fait même ailleurs, dont pour la sélection des jurés.

Est-ce la bonne réponse? Non. Il n'y a pas de bonnes réponses en politique. Il n'y a que de bonnes questions...

***

Il y aura des élections municipales le 5 novembre prochain.

L'autocrate et pseudo-maire Yves Lévesque représente tout ce que je n'aime pas de la politique. Son style, apparenté aux années '50, est digne de Duplessis. C'est le gars qui fait sa place à la mairie en criant après tout le monde. Hurler est sa manière de gouverner. Je ne peux pas concevoir qu'on le reconduise pour un troisième mandat, d'autant plus que son principal conseiller, l'ineffable Roger D. Landry, est payé plus cher que lui... Comme si le vrai maire de Trois-Rivières, au fond, c'était Roger D. Landry... En plus de ne pas vouloir voter pour le pseudo-maire Yves Lévesque, je sais qu'en votant pour lui je voterais pour Roger D. Landry. Trois-Rivières mérite mieux que ça. On passe pour une bande de colons pas de colonne qui se font empissetter par des baveux de l'école secondaire qui ont oublié de grandir.

Je vais donc voter pour Jean-François Aubin à titre de maire de Trois-Rivières. Il me semble un peu plus soucieux de promouvoir une vision communautaire pour Trois-Rivières où les consultations populaires ne seront pas méprisées par le Conseil de Ville.

Je vais voter pour Denis Roy pour le poste de conseiller municipal dans mon district. C'est un spécialiste des communications. Un type cultivé. Un gars qui s'est fait chier aux séances publiques de l'Hôtel de Ville plus souvent qu'à mon tour. Chaque fois que j'y suis allé j'ai failli cracher mes tripes à la sortie tellement le spectacle était indigeste. Roy gardait le fort, en quelque sorte. Il a travaillé pour. Il n'arrive pas là avec l'idée de promouvoir seulement sa petite personne. C'est du moins l'impression qu'il m'inspire, à tort ou à raison.

***

Rien n'est parfait.

Je vote dans un système imparfait.

Cela me révulse que l'on puisse remplir des autobus de petits vieux pour bourrer les urnes lors des élections anticipées.

Cela me répugne de voir les manoeuvres crapuleuses des travailleurs d'élections.

Et ça tombe bien parce que je ne suis pas parfait.

Si je suis perfectible, ce système de marde doit bien l'être aussi.

Ça ne m'en prend pas plus pour afficher un sourire.

Faut pas chercher à se prendre au sérieux.

Surtout avec la politique.

Mieux vaut chanter Give Peace A Chance avec Lennon que de perdre son temps avec des cretons qui se présentent aux élections pour arrondir leurs fins de mois.

La révolution, c'est la culture qui l'apporte.

Jamais la politique.

Jamais.




dimanche 29 octobre 2017

Je trouve ma consolation dans les arts et les lettres

«Enfin, mon âme fait explosion, et sagement elle me crie : « N'importe où ! n'importe où ! pourvu que ce soit hors de ce monde !» 
Charles Baudelaire, Le Spleen de Paris

Boèce vivait au temps où l'empire romain d'occident s'était effondré. Le résidus d'empereur de Rome, à l'époque, un Ostrogoth dénommé Théodoric, l'a fait arrêté et condamné à mort parce qu'il philosophait un peu trop avec Justin 1er, empereur de Constantinople. Boèce fut accusé de complot et condamné à mort. Dans l'attente de son exécution, en prison, Boèce trouvait sa consolation dans la philosophie. C'est tout ce qui lui restait à faire. Mince consolation avant que de se faire trancher la tête.

***

Je trouve ma consolation dans la pratique des arts. Il y a longtemps que la philosophie me désole. Comme le dit un proverbe chinois, le plus grand siècle de la philosophie fut celui où il n'y avait pas de philosophes...

J'ironise à peine. J'ai tant lu de philosophes qui ne disaient rien pendant des milliers de pages. À vrai dire, je m'accuse d'être insensible aux jeux d'esprit sur la chaise en-soi, l'être, le non-être et p implique q...

J'ai obtenu de bonnes notes à l'université, à la faculté de philosophie. J'ai compris assez tôt qu'il n'y avait rien à comprendre à la philosophie au sein des institutions établies. J'ai réalisé que je préférais de loin la littérature à tous ces concepts qui ne m'ont jamais intéressés. Si c'est laid, mal écrit, boursouflé de métalangage, je décroche. Je ne lis plus ceux qui ne savent pas écrire. Ou si peu...

Je lis pour le plaisir en fait.

Le plaisir de satisfaire ma curiosité insatiable. Le plaisir de dialoguer avec un être humain via cette lecture.

Curiosité qui n'est pas satisfaite par les travaux de Kant, Hegel, Marx, Husserl et les autres. Ils m'emmerdent profondément. Et ce n'est pas parce que je ne les comprends pas. C'est parce que je les comprends qu'ils m'emmerdent. Je ne dialogue jamais avec eux: ils m'emmerdent. Comment pouvaient-ils s'intéresser à des constructions mentales si sèches alors qu'il y a la musique, les arts et les lettres? Leurs thèses, antithèses et synthèses ont pour principal défaut de m'apparaître ennuyantes.

J'ai accroché un tant à Nietzsche pour sa musique et sa poésie maladroite. Encore là, j'ai fini par le trouver bien lourd, bourré de préjugés sociaux et pas si brillant que ses disciples voudraient bien nous le faire croire.

L'homme du ressentiment, il est bien mieux expliqué dans Crime et châtiment de Dostoïevski que dans les oeuvres complètes de Nietzsche. Je vous en torcherais bien un papier mais je n'ai pas tout ce temps-là à perdre. Tout ça pour dire que mille autres écrivains, sans prétentions philosophiques, figurent en tête de lice de mes influences «philosophiques». Bien avant Nietzsche qui n'était pourtant pas le pire de la bande. Je trouve plus de vérité dans un poème de Jacques Prévert que dans toute la section Philosophie des bibliothèques. Donnez-moi du Prévert et je vous rends tout Sartre, Wittgenstein, Bergson et autres fumistes soporifiques!

***

L'art est mon ultime refuge pour résister à la médiocrité de mon époque. J'oublie Trump et bien d'autres encore en me consacrant à créer mon monde quoi qu'il advienne.

Quand j'entends les uns et les autres se déchirer pour des concepts vides, comme une stratégie électorale par exemple, eh bien j'ai seulement l'envie de reprendre mes pinceaux, mes guitares, mes tambours ou mes harmonicas. N'importe quoi sauf me faire chier avec des demi-pensées qui ne valent même pas un simple bonjour routinier.

On veut nous faire accroire que telle idée, telle idéologie ou telle religion est pleine de merveilleux. Puis l'on sait que c'est encore une autre perte de temps et une insulte à la patience. Mieux vaut faire un pas de côté. Mieux vaut fuir et se réfugier dans mon atelier pour peindre des gros nez, des grosses fesses et des gros seins.

Évidemment, cela ne veut pas dire que je sois insensible et indifférent face aux injustices. Bien au contraire! C'est parce que j'y suis sensible que je renonce à la philosophie, à la religion et aux institutions établies. Je sais que je n'y trouverai jamais rien de bon. Je ne ferais que m'enfoncer encore plus dans la désolation, alors que ma liberté de pensée, toute relative, pas nécessairement extravagante, m'est plus précieuse que tout. Je ne veux pas abdiquer ma raison. Je ne veux pas dévisser ma tête pour me soumettre à des idées qui n'en sont pas. Je ne veux ni plaire, ni séduire, ni avoir raison. Je veux seulement avoir la christ de paix.

Bref, je veux créer. C'est ma manière de ne plus avoir tort.

L'important, pour moi, ce n'est pas ce que j'ai fait hier. C'est ce que je crée en ce moment. Ce que je vais créer demain.

Ce n'est même pas l'idée de voir briller mon nom en lettres de feu qui m'anime, même si j'atteins humblement une certaine popularité tout en demeurant tout seul dans mon coin par pur instinct de préservation spirituelle. Je veux sauver mon âme en quelque sorte. Je ne veux pas devenir ce que je déteste. Je ne serai donc jamais un serviteur de la laideur, de l'immoralité et de l'injustice. Je ne ferai jamais de concessions pour être en paix avec ma conscience qui me dicte de ne pas céder devant les richesses de ce monde. Sans rigoler, elles me seraient acquises si je faisais au moins semblant comme tel ou tel faux-cul opportuniste qui se vante d'être dans les bonnes grâces de telle ou telle communauté hermétique de pantins satisfaits de n'être pas eux-mêmes.

Vous pourriez dire, avec raison, que je suis un christ de fou. Je le prendrais pour un compliment. On doit tous les progrès de l'humanité aux fous. On leur doit surtout de fascinants moments de distraction qui nous permettent de vivre un peu avant que de mourir. On est toujours trop sage. Et jamais assez fou. On se souvient des fous qu'on a rencontrés en voyage. Jamais des gens ordinaires. Ou si peu. Ils n'adhèrent pas à la mémoire par manque de densité existentielle. Ce n'est pas de leur faute ni de la mienne. Il leur faudrait devenir fous.

***

Fou comme moi, tiens.

Fou comme le foin fou.

Fou à délier les langues.

Fou à en giguer sur un air de ruine-babines.

Voilà, c'est ça: je suis fou.

Fou de vivre intensément.

Fou d'aimer.

Fou de croire en la paix dans le monde, en l'amitié, en la tolérance...

Fou de jouer le jeu de la vie à ma façon, jusqu'au dernier souffle.

Fou.

Mais pas tant que ça...

Ça pense sous mon scalp.

Peut-être pas comme l'enseignent les institutions académiques.

Peut-être pas tant que ça aussi...

Bref, je trouve ma consolation dans l'art.

Et je préfère dire n'importe quoi, en toute sincérité, que de mentir élégamment en concepts dont je me contrefous.

vendredi 27 octobre 2017

Le pauvre gars qui était affûteur de couteaux

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Il était une fois un gars qui mesurait cinq pieds huit pouces et qui était affûteur de couteaux de son métier.

Quand il rentrait le soir, il n'était jamais épuisé puisque plus personne ne fait affûter ses couteaux de nos jours. Quand le couteau ne coupe plus: on le jette. 

Aussi, ce gars-là, l'affûteur de couteaux au chômage, eh bien il se sentait jeté au panier, abandonné, flushé...

Il en vint à détester notre époque de façon si véhémente qu'il passait son temps à crier le mot Calculatrice!

-Calculatrice! hurlait-il en montrant ses dents un peu tachées et pas très droites.

N'essayez pas de comprendre ce gars-là.

Lui-même ne se comprenait pas.

D'ailleurs, il n'affûtait même plus ses propres couteaux.

C'est tout dire.

Du coup, ses couteaux s'émoussaient.

Et son talent, qu'on avait dit prodigieux il y a 20 ans, disparut totalement.

L'affûteur de couteaux devint un trou du cul de cinq pieds huit pouces qui ne travaille pas et qui se lave avec du savon Irish Spring.

Il tenta pourtant de travailler chez Wal-Marde.

Mais Wal-Marde ne voulait pas de lui. On le trouvait trop laid.

De plus on le disait bizarre. Pendant sa formation, il n'avait pas arrêté de crier Calculatrice! Et il se grattait souvent un testicule ce qui, évidemment, n'avait rien d'obscène.

On voit bien que l'ascenseur ne monte pas jusqu'en haut chez ce gars-là mais comment vous sentiriez-vous devant un gars qui se tient debout devant vous en se grattant toujours la poche? Ne lui diriez-vous pas que vous ne voulez rien savoir de sa tendresse? C'est évident.

Tout le monde mérite de travailler.

Même les snappés comme ce pauvre gars-là.

L'affûteur de couteaux sans travail qui se grattait toujours la poche tout en criant Calculatrice!


jeudi 26 octobre 2017

La fin du monde à n'importe quelle heure

J'avais 10 ans. Peut-être 9. En tout cas, j'étais jeune.

La radio et la télé relayaient une nouvelle qu'un type Untel avait prédit la fin du monde pour le lendemain par une guerre nucléaire.

J'étais jeune et naïf.

J'étais prêt à le croire. Les humains m'avaient toujours semblé stupides. C'était dans l'ordre logique des choses que tout ça finisse par une guerre nucléaire.

Le lendemain, je ne me souviens pas s'il pleuvait ou s'il faisait soleil.

Je me souviens seulement qu'il n'y eut pas de guerre nucléaire ce jour-là.

***

Un peu plus tard.

Je devais avoir 18 ans. Peut-être 19. En tout cas j'étais pubère.

Le sida. Nous allions tous en mourir.

Céline Dion chantait Une colombe devant le pape Jean-Paul II au stade olympique plein à craquer.

Le sida. Maladie de Dieu qui frappait les vicieux...

Désormais, l'amour serait sous scellé au latex.

Et le sida? Eh bien la peur de tous en mourir est passée.

Cela demeure une sale maladie.

Mais bon, on a l'impression que cela ne nous arrivera pas.

***

Il y eut aussi le bogue de l'an 2000. J'avais 31 ans pile puisque le bogue est survenu en 1999.

C'était quoi le bogue de l'an 2000? Eh bien l'on croyait à tort que tous les systèmes informatiques de la planète allaient être paralysés le 1 janvier 2000, lorsque le compteur passerait de 99 à 00 dans la machine numérique. On prédisait le pire: les banques ne fonctionneraient plus. La circulation aérienne serait paralysée. Même les systèmes de défense anti-missiles tomberaient en panne. C'était ça, le bogue de l'an 2000.

Le 1er janvier 2000, j'animais une émission à CKIA radio Basse-Ville, à Québec.

Le bogue n'est pas survenu. Ni le 1er janvier, ni le 2.

Un jour on en parlera comme d'une psychose collective.

***

Le 11 septembre 2001 tout bascula dans le chaos.

Des tas de civils sont morts pour rien.

Après le péril rouge et le péril jaune, place au péril islamique!

Encore une fois la démesure, l'apocalypse...

Puis ce fut la grippe H1N1... L'humanité disparaîtrait à 99,98%. Il fallait absolument aller se faire vacciner.

Ce sera quoi la prochaine niaiserie?





lundi 23 octobre 2017

Lassitude

J'écris peu depuis quelques jours. C'est tout le contraire de mon habitude. Je sens une lassitude face aux débats qui naissent et pourrissent sur les médias sociaux. J'ai envie de contempler les couleurs de l'automne. J'ai envie d'observer le vol d'un vulgaire moineau. J'ai envie de prendre un bon café en ne faisant rien du tout que de boire ce bon café.

Je ne vois heureusement plus le monde comme je le voyais à 20 ans. Les rêves de gloire, l'ambition démesurée, l'action aveugle, la farce politique, tout ça m'indiffère désormais. Je vis pour vivre, point à la ligne. Je m'éloigne de toutes sources de stress, d'anxiété et de commérage.

J'ai des points de vue. Je les émets de vive voix. J'en parle moins sur mon blog. Je me dis que je ne suis pas un guide sûr. Je n'adhère à rien. Je suis un humaniste qui ne voudrait pas devenir membre d'un club d'humanistes. Individualiste? Sans doute un peu. Mais pas nécessairement centré sur mon nombril. Je voudrais que mon voyage sur cette Terre soit agréable, pour moi comme pour les gens qui voyagent à mes côtés. Est-ce trop demander?

Décortiquer les raisons, la logique, la stratégie, la chose à faire ou à ne pas faire, tout ça me fait bayer aux corneilles.

Vivre, aimer et créer. Tout le reste c'est pour nous empêcher d'être heureux.

Je puis me tromper.

Je pourrais même vous tromper.

Je ne suis pas la tête à Papineau.

Et même sa tête, Papineau, il peut bien se la garder pour lui.

Je ne suis qu'un patient dans une salle d'attente, comme tout le monde.

Qui regarde un moineau voler.

Ou bien une craque sur un mur.

Et qui se dit que c'est beau la vie.

Même si ça ne veut strictement rien dire pour d'autres.