vendredi 10 février 2012

La vie est une suite de hasards aux liens ténus

La vie est une suite de hasards aux liens ténus. La vie tourne sur un dix cents, comme on dit par chez-nous. Ou bien sur un deux piastres. Je ne sais pas trop.

C'était en 2001, l'année de mon Odyssée de l'espace.

Je rencontre un gars qui vend des sites ouèbes aux entreprises. Il a un projet pour faire travailler du monde et il aimerait que ce soit des gens de la rue, parce qu'il mendiait sur la rue deux ans avant que je ne rencontre ce gars devenu prospère.

Il avait cet air pressé de tous les businessman mais on sentait une certaine chaleur humaine, bien que son bureau était dans un sous-sol sans fenêtre. Il n'y avait pas de décoration ni de papiers. Seulement un bureau, deux chaises roulantes et une table. Des murs blancs. Rien. Sinon cet ordinateur qui l'avait tiré de la misère et de la pauvreté. Quant au gars, il ressemblait à Tom Cruise qui aurait bu trop de café et aurait de puissantes poches de thé sous les yeux. Il devait travailler trop.

-Y'a à peine deux ans j'mendiais à Montréal, mon chum... Gaston qu'tu t'appelles?

-Non. Gaétan.

-Ok Gate. Ben là, Gate, j'me suis sorti d'la marde. Les affaires vont ben. Pis j'pourrais faire travailler les jeunes qui veulent s'en sortir... Y'en a dans ton local qui s'cherchent d'la job, hein? Ben, cré moé, i' vont arrêter d'crever d'faim... I' pourraient faire neuf à dix piastres de l'heure juste en faisant du placement d'produits pour moé sur le ouèbe... J'les f'rais tchatter toute la journée pis j'leu' r'filerais un chèque avant 'a fin d'la semaine toé chose... Pis money talks buddy. They're gonna become winners, all of 'em dude! I' passeront p'us pour des fucking losers qui quêtent su' 'a rue ou ben don' qu'i' font du squeegee... Ç'pas une vie ça tabarnak! Comment c'qu'tu veux awouère une famille pis nourrir des enfants, hein? En plus, moé j'm'en crisse qu'i' z'ayent des anneaux dans l'nez pis toutte le kit. En arrière d'un ordi, on s'en crisse de c'que t'as d'l'air. Le principal c'est qu't'allumes... Pis ces jeunes crisses-là apprennent ben plus vite les nouvelles technos, man... Moé j'me dis qu'c'est une win-win situation. Tout l'monde gagne, même les skouidjis.

Son speech était tel que tel. Mais il m'a convaincu d'en apprendre un peu plus sur le clavardage et le placement de produits. Ce qui fait que je me suis amusé à parler avec des Russes, des Mongols, des Australiens et des Martiens. Je riais à m'en péter les côtes.

Un peu plus tard, je rencontre une femme sur le ouèbe, pour la rigolade encore une fois. On en rigole un coup et on se fixe un rendez-vous. On va prendre un café et mettons que ça n'engage à rien.

C'était le 10 février 2001. Par un jour de verglas. Le pont Laviolette était couvert de glace.On s'est rencontré. On n'a même pas pris de café. Ce fût le coup de foudre. Bedang! Crack! Boum!

Je ne vous raconterai pas tous les détails de cette histoire. Peut-être ma blonde le fera-t-elle un jour.

Ce petit café qui n'engageait à rien est devenu quelque chose comme un amour qui ne s'est jamais tari depuis.

Et tout ça parce qu'il y a eu ce gars qui vendait des sites Internet, dont le nom m'échappe.

Sans lui, je n'aurais jamais eu la curiosité de tchatter. Cela m'était indifférent.

Le plus drôle, c'est que cela m'est indifférent depuis presque dix ans. Et c'est idem pour ma blonde. On a su ce que c'était et on s'est mis à préférer écouter des vidéos sur YouTube, mettons.

Sans ce gars-là, je n'aurais jamais rencontré ma blonde, l'amour de ma vie.

La vie est curieusement faite.

Elle est une suite d'enchaînements qui n'en sont pas au moment où ils se produisent.

Je ne savais pas que ce gars-là qui vendait des sites web me dirigerait vers elle, ma belle blablonde d'amourrrrr-euh!

Et pour ce qui est des skouidjis ils n'ont rien voulu savoir de son projet.

-C'est trop capitalisse man. Fuck le capitalisse! qu'ils m'ont à peu près répondus.

Et c'est encore plus phoqué que je ne croyais puisque même sans eux, eh bien je n'aurais pas rencontré ma blonde itou...

Passons plutôt aux choses sérieuses.

Nous sommes toujours ensemble, moi et ma blonde, et on s'aime encore en ce 10 février 2012. Onze ans et c'est comme si c'était hier. Oua. Y'a rien de mieux que l'amour, croyez-moi.

***

Je t'aime Carole.

5 commentaires:

  1. Joyeuse fête des amoureux. Avec ou sans placement de produits.

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  2. Du placement de cossins et services inutiles qui aboutissent à un versement d'amour infini. C'tu pas beau ça ? :) Je lève mon verre à vous deux, cheers ! :)

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  3. Onnnnnnnn!My gosh! Moi j'aime ça les histoires d'amour.

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