vendredi 24 novembre 2017

Il n'y a pas de justice en ce monde

Un manant vole une soupe dans un resto.

Le manant en question est vraiment ce qu'il y a de plus bas dans l'échelle de l'humanité aux yeux du restaurateur. En plus de sentir mauvais, de chier dans ses culottes et d'être assis à la table du restaurateur, le triste sire a tenté de s'enfuir pour ne pas payer.

Le restaurateur, Marc, un gars au tempérament sanguin, l'a tout de suite intercepté. Il l'a obligé à vider ses poches: le manant n'avait rien dans ses poches. Alors il a continué à lui serrer les bras et les ouïes tout en lui assénant de grands coups de doigts dans le front, puis ce fut un déferlement de coups de poings et de coups de pieds.

-Tu vas payer mon hestie! Par tous les moyens! Ma soupe est pas gratisse! Quin mon tabarnak!

Un policier qui passait par là eut la gentillesse d'émettre deux constats d'infraction. Un pour vol. C'était pour le manant qui chiait dans ses culottes. Et un pour agression sur le manant en question qui a d'ailleurs été reconduit à l'hôpital. C'était pour Marc. Les deux furent incarcérés ce jour-là pour ne pas faire de jaloux.

Le juge Arseneault était reconnu pour ses idées d'avant-garde en matière de justice. Il fréquentait un cercle de philosophie et cotisait régulièrement pour financer des oeuvres humanitaires, dont la protection et la défense des itinérants.

Marc tombait mal.

-Qu'aviez-vous, dit le gros Arseneault, car il était gros, l'Honorable Arseneault, qu'aviez-vous à battre ce trou du cul? Je ne vois pas d'autre solution que de condamner ce trou de cul à aller manger une soupe gratuite à votre restaurant, monsieur, pour avoir battu cet homme qui avait faim! Bien sûr qu'il vous a volé... Mais bon, une soupe? Ça mérite un voyage en ambulance à l'urgence? Voyons! Ça ne se fait pas. Je condamne donc le manant à aller manger une soupe gratuite à votre restaurant pour vous avoir volé...

Marc était en furie. Il devrait donc lui donner une soupe! C'était ajouté l'insulte à l'injure.

Le manant, croyant satisfaire aux exigences de la cour, se présenta au restaurant le soir-même pour obtenir sa soupe gratuite.

Marc et trois malabars le prirent sous les bras et l'emmenèrent dans l'arrière-cuisine, bien caché de la vue des clients. Puis ils l'obligèrent à manger une inqualifiable soupe constituée de glaire et d'excréments. Ce qui fit vomir le manant qui fut obligé à néanmoins terminer sa soupe jusqu'à la dernière cuillerée.

Parfois, il faut le dire, il n'y a pas de justice en ce monde.


mercredi 22 novembre 2017

Les chiens de garde?

Les chiens de garde?

La modeste mailloche de Salomon Mondoux

Résultats de recherche d'images pour « mailloche tambour »
Il n'est pas si nécessaire de bien se comprendre quand l'on n'y comprend rien à rien. Vous ne comprenez pas, hein? Ça ne m'étonne même pas. Les gens n'y comprennent rien. Ils vont et viennent et passent et meurent. Je ne vous en veux même pas. Vous savez bien que je suis comme vous moi aussi.

Évidemment, il faudrait que je me présente.

Je ne l'ai pas encore fait. Je vous ai sauté dessus avec ma drôle de comprenure et si vous êtes encore en train de m'écouter c'est que vous vous attendez à quelque chose de quelqu'un, moi en l'occurrence.

Eh bien je m'appelle Salomon.

Salomon comme le roi Salomon.

Sauf que moi c'est Salomon Mondoux.

Ce qui fait que l'on me surnomme Momondoux ou bien Mondoudoux. Enfin, on rit de moi parce que je m'appelle Salomon Mondoux. Comme si j'avais demandé ça.

J'ai survécu à exactement trente-et-une révolutions de la Terre autour du Soleil. J'ai presque toutes mes dents sauf une molaire. Je n'ai aucun poil dans le nez. Je suis moyen pour le reste. Sauf pour les parties intimes. J'ai, modestement parlant, toute une mailloche. Mais ça n'intéresse personne. Plus de nos jours. Les gens, les femmes en particulier, eh bien ils et elles ne s'intéressent pas à moi. C'est vrai que je suis désagréable, pauvre et néanmoins hautain. Tout ce qu'il faut pour me faire haïr de tout le monde, quel que soit le statut de ma modeste mailloche.

«La modeste mailloche de Momondoux», comme ils disaient à l'école, ce n'était pas pour favoriser ma cause.

Quoi qu'il en soit, ne parlons plus de ma mailloche.

Je voulais seulement vous dire un peu qui je suis.

J'oubliais de vous dire que j'ai les yeux bleus gris.

J'ai les cheveux crépus et roux.

Je suis d'ascendance tibétaine m'a dit mon père quand il était saoul.

À part de ça, je ne sais trop quoi vous dire.

Sinon que j'ai des diplômes en géographie et que je vis sur l'aide sociale.

Personne ne veut de moi.

Je suis désagréable, c'est certain, mais j'ai le droit moi aussi de manger comme il faut.

C'est toujours moi qui suis privé de desserts en toutes choses.

Ça commence à bien faire.

Momondoux mérite mieux.

C'est pas difficile à comprendre, ça.

Mais non! Il faut qu'ils soient tous durs de comprenure... Lui, moi, eux!

Comment voulez-vous qu'il y ait la paix sur Terre dans de telles conditions?

Quoi? Vous ne comprenez pas?

Vous ne comprenez rien?

Et ma mailloche, vous la voulez ma mailloche?

***

Les agents de la paix Roger Fradette et Lucille Montour en avaient vu de toutes sortes dans leur carrière. Mais cette histoire de Momondoux alias Modeste Mailloche, franchement, ça dépassait en absurdité tout ce qu'ils avaient vécu.

Lucille cliqua sur stop pour mettre fin à l'enregistrement.

Salomon Mondoux était entré dans une station de télévision pour livrer un message à l'humanité...

Il avait simulé être entouré de bâtons de dynamites. Ce n'était que du carton peinturé en rouge relié par des fils qui étaient collés au ruban électrique après une vieille télécommande. On a craint le pire et on a obéi à toutes ses demandes, à sa demande unique en fait: faire entende son message au monde entier via la télé.

Ses voeux furent exaucés. Salomon Mondoux a pu parler de sa mailloche.

Et maintenant les agents Fradette et Montour se cassent la tête pour rédiger leur rapport.

Momondoux est aussi snappé que d'habitude et fait des monologues dans sa cellule à propos des ceusses qui sont durs de comprenure.


Je ne suis pas Brueghel

Les chasseurs dans la neige, Brueghel  1565
Il me semble parfois que les gens mentent sur les influences qui les ont menés là où ils sont, que ce soit dans la pratique d'un art ou dans celle de la denturologie.

J'ai dû moi-même passer par-là pour reconnaître aussi facilement ce travers chez les autres.

J'ai dû croire que je m'inspirais des grands de ce monde pour conférer à ma production l'illusion de la grandeur.

Je pense à un peintre qui disait s'inspirer de Cézanne et qui vous peignait des trucs laids à chier.

Je pense aussi à celui qui croyait écrire comme Charles Bukowski ou Henry Miller et qui, dans les faits, n'écrivait que des textes minables et sans densité existentielle.

Il y a aussi ce guitariste qui tenait plus de l'électrocuté que de Hendrix. Il était Hendrix quoi que vous pensiez de son jeu pitoyable. Il vous prenait l'envie de le débrancher.

Ils auraient tous mieux fait de révéler leurs vraies influences.

Genre je peins parce qu'on a mis des pots de couleur dans mes mains à la maternelle.

J'écris parce que j'ai vu l'un de mes amis, Gugusse Lampron, écrire lui aussi. Et je me suis dit que ce serait cool d'écrire...

Je joue de la guitare parce que j'étais fasciné par mon oncle Raymond qui jouait des tounes de Soldat Lebrun...

Mais non! Il faut se donner de grandes influences messieurs dames! Épater la galerie! Passer pour moins con qu'on ne l'est vraiment...

Je pourrais vous dire que j'ai été influencé par l'oeuvre de Brueghel, que je fais du Brueghel adapté à mon époque, tiens, et hop je suis Brueghel! Bin tiens?

Je ne suis pas Brueghel et j'aime ce qu'il a peint le bougre.

J'ai été influencé par les pots de gouache à la maternelle, évidemment, pour devenir l'artiste-peintre que je suis.

Mais je dois le gros de toutes mes influences à la fréquentation assidue des étudiants en arts plastiques de l'UQTR, dont Patrick Harvey, Carl Pelletier, Régent Ladouceur, Henri Boudreault et autres qui ne me viennent pas à l'esprit pour le moment.

Un jour, je me suis dit que je pourrais peindre pour me désennuyer. C'était autour de 2004. Je suis revenu à la maison avec des petites toiles, des petits pinceaux et des couleurs achetés à vil prix au Dollarama. Je me suis souvenu des contrastes de Harvey, des clairs-obscurs de Pelletier et Ladouceur, du vernis épais de Henri Boudreault. Et voilà comment mon oeuvre picturale est née, malgré Brueghel que j'aime bien.

Mes influences? Je viens de vous les nommer.

J'oubliais mon grand-père Rodolphe René. Mais je ne l'ai pas connu. Il dessinait de jolis chevaux selon ma mère. Il s'occupait des chevaux du boss de la Wabasso, Mister Whitehead. On prétendait qu'il prenait mieux soin de ses chevaux que de ses employés... C'est mon grand-père, cela dit, qui s'occupait des chevaux, pas Whitehead.

Il y a aussi mes deux frères, Serge et Christian, qui dessinaient un peu.

Et puis Alain Pélissier, malheureusement décédé. Un copain d'enfance qui sculptait des monstres en plasticine.

Voilà mes influences, crûment, et sans mentir.

Brueghel, vous savez déjà qui c'est. 

mardi 21 novembre 2017

Les humains sont de ma race

Les États-Unis viennent de retirer le statut spécial qui avait été accordé à des réfugiés haïtiens suite au séisme de 2010 qui avait fait plus de 100 000 morts. C'était sans compter les milliers de morts qui suivirent dans les camps de réfugiés haïtiens avec les épidémies de choléra et autres maladies infectieuses. Le Québec, le Canada et les États-Unis ouvrirent leurs portes aux réfugiés. C'était un devoir d'humanité envers nos semblables.

Au Québec et au Canada, je doute que nous les renvoyions chez-eux. Nous avons bien des défauts. Nous pouvons même nous détester d'un océan à l'autre. Mais, fondamentalement, je crois que nous ne sommes pas mesquins. Je dirais que nous sommes plutôt indifférents et accueillants quand on constate qu'il y a de grands espaces vides entre Trois-Rivières et Vancouver.

Tout le monde connaît la chanson de Gilles Vigneault où il nous dit que son pays c'est l'hiver. Moi, j'ai aussi retenu le bout où il nous chante ceci: 

De mon grand pays solitaire
Je crie avant que de me taire
À tous les hommes de la terre
Ma maison c'est votre maison
Entre mes quatre murs de glace
Je mets mon temps et mon espace
À préparer le feu, la place
Pour les humains de l'horizon
Et les humains sont de ma race

Gilles VigneaultMon pays



Je ne tiens pas à instrumentaliser Vigneault. D'autres l'ont déjà fait... Il demeure que nous avons affaire à un grand poète lorsque je lis ce passage que je viens de vous présenter. Aucun doute. C'est grand, humain, charitable, universel: Québécois.

C'est ça, pour moi, être Québécois.

Cela signifie être un peu poète, accueillant, même si l'on provient de la Côte-Nord ou de Montréal-Nord.

Il ne faut pas se laisser prendre par la peur et encore moins se faire berner par ceux qui profitent de cette peur pour vendre des tee-shirts et véhiculées des idées dignes d'indignité et d'abjection.

Ne laissons pas notre peuple succomber à la fièvre identitaire en nous faisant voir des ennemis partout où il n'y en a pas.

D'aucuns seront tentés de jouer avec le feu au cours des prochains jours.

Je me doute qu'il y aura des réfugiés haïtiens aux frontières, parce que notre voisin vit sous la présidence d'un individu minuscule qui tient pour une vertu d'écraser les écrasés et d'affaiblir les affaiblis. Ceux qui souhaitent appliquer cette doctrine ici ne sont certainement pas les Québécois chantés par Vigneault.

Ni ceux chantés par moi.

Comme le disait feu mon père: «à la guerre, on ne tire pas sur les ambulances.»

J'ajoute ni sur les réfugiés.

On suppléera au manque d'humanité de notre voisin. On prendra les responsabilités sociales qu'ils ne prennent pas.

Comme l'ont fait la Colombie-Britannique et la Saskatchewan du temps où l'Alberta coupait dans l'aide sociale aux moins de 30 ans. Les voisins ont assumé les coûts de la politique antisociale du gouvernement conservateur de Ralph Klein. Une économie sur le dos des économies voisines qui ont encore le coeur à la bonne place...

Je souhaite la bienvenue aux réfugiés, tout simplement, sans faire de parades.

Parce que je suis Québécois.

Parce que les humains sont de ma race.

lundi 20 novembre 2017

Mon billet pour le HuffPost cette semaine

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Gutenberg et le temps des dinosaures

J'essaie parfois de m'imaginer ce que les copistes devaient se dire dans la foulée de l'invention de Gutenberg qui allait faire disparaître leur métier.

-L'imprimerie? Jamais la machine n'arrivera à faire mieux que le travail d'un copiste... J'ai trente ans de calligraphie dans le poignet moi! Et puis cette idée de rendre la lecture accessible à tous, comme si cela ne risquait pas de banaliser l'effort intellectuel...

L'imprimerie serait là pour durer, évidemment. Puis les copistes durent disparaître. On leur a appris à faire autre chose dans les abbayes. Du vin ou des bons fromages.

***

J'essaie parfois de m'imaginer ce que se disent les dinosaures dans la foulée de l'invention de l'ordinateur personnel, de l'Internet et des média sociaux.

J'imagine qu'ils ne veulent pas accepter la défaite et qu'ils vantent ce qu'ils savent faire le mieux, même si c'est devenu tout à fait inutile.

Je ne dis pas que le monde sera mieux. Je dis seulement qu'il est risible de croire qu'il sera pire seulement parce que le temps des dinosaures est passé.

***

Un humoriste rit d'une personne qui affirme avoir été violée. Elle a 34 567 amis sur Facebook qui ne doutent pas de sa parole.

Le lendemain, l'humoriste crie à la censure parce que 575 parmi ces 34 567 amis lui lancent des insultes pour son travail de faiseux de grimaces du Troisième Reich.

Fallait savoir qu'on n'est plus dans le temps de Soirée canadienne.

***

Et ce n'est que le début d'un changement plus grand que vie d'homme n'aurait jamais imaginé...

Et je ne saurais même pas vous dire quoi...

Plutarque vous aurait dit que le dieu Pan est mort, signifiant par là qu'une nouvelle spiritualité allait émerger, rendant caduque l'adoration de Jupiter et de ses lutins.

Il y a quelque chose qui est mort, oui. Et je ne saurais pas vous dire quoi...

Je sais seulement que c'est mort.

On ne croit pas plus en Jupiter qu'en les institutions.

Personne ne se battra pour sauver les ruines de notre monde qui s'écroule.






vendredi 17 novembre 2017

Nous les indifférents

J'ai peu écrit ces derniers jours pour me donner totalement à ma passion d'artiste-peintre. J'ai laissé de côté l'animal politique pour lui préférer quelque chose comme un sentiment d'immortalité. Je ne veux pas dire que je sois immortel, ni que mes oeuvres aspirent à un tel statut. Cependant, j'aurai touché l'infini en pratiquant mon art, un non-lieu où il y a un non-temps et un non-espace.  J'appelle ça l'immortalité. Parce que je suis un peu poète. Peut-être trop. Ou pas assez.

Quoi qu'il en soit, l'art ne me prive pas de réfléchir. Il me permet au contraire de ramener au niveau des futilités les billevesées des uns et des autres qui voudraient nous assommer à coups de théories tellement commodes pour calmer les effets pervers de notre civilisation anxiogène.

J'emploie le Nous volontairement. C'est rare que je le fais. Puis je me suis dit qu'il était possible de dire Nous si je ne disais pas Eux...

Nous, c'est tout un chacun: souverainiste, fédéraliste, humaniste, sataniste, islamiste, communiste, fasciste, anarchiste, capitaliste, animiste ou joueur de bingo. Sans oublier personne. Même pas un prisonnier. Parce que les prisonniers, comme tous les imbéciles que Nous sommes, ont aussi des droits. Moins que ceux qui sont en liberté pour que ceux qui le sont n'aient pas envie d'aller les rejoindre. Suffit de manger des toasts molles à tous les matins pour avoir l'envie de donner du sens à la vie en liberté pour y mordre à pleines dents.

Je ne savais pas, avant aujourd'hui, que je pouvais moi aussi dire Nous. C'est donc dire que ma retraite artistique a été productive au plan de l'esprit. Mon intellect est devenu encore plus libéral, au sens philosophique du terme, moins empesé de haine et toujours plus bienveillant même envers les haineux.

La Meute aussi dit Nous. Et d'autres organisations paramilitaires aussi. Il y a même des partis qui parlent au Nous. Le problème, c'est que leur Nous ne récolte jamais plus de 20% d'adhésion. Alors que le Nous inclusif, libéral et multiculturel, c'est un rendement de 80% à tous coups pour la première personne du pluriel.

Évidemment, il faut dire que ce Nous presque parfait profite de la bienveillance des indifférents. Bienveillance qui s'ignore, peut-être, mais bienveillance tout de même. L'indifférence protège autant les autres de nos excès qu'elle nous épargne de ceux d'autrui. S'il n'y avait pas l'indifférence, croyez-moi, ce serait la guerre civile.

En ce moment, le Nous n'a rien à voir avec le fascisme, ni avec le communisme, ni même avec le nationalisme.

La plupart des gens autour de moi ne s'étrangleraient pas pour un sermon.

Ils vivent leur vie au jour le jour et au petit bonheur la chance.

Ils se font à l'idée que tout va changer puisque tout a toujours changé quoi que l'on fasse ou ne fasse pas.

Hier, les mariages gais.

Demain, une colonie sur Mars. Ou bien des électrodes dans le cul.

Que voulez-vous? Le monde et les temps changent.

Nous y sommes parfois pour quelque chose.

Et parfois pour rien.

Ce Nous n'exclue personne.

Il vous dit d'arrêter de chialer pour rien et de dénigrer vos voisins.

Je regarde la poutre qui est dans mon oeil avant de regarder la paille dans celui du voisin, de l'étranger, de l'immigré ou du métèque.

Ma poutre est pas mal plus grosse qu'une écharde.

Je sais bien que certains d'entre vous n'ont rien à se reprocher.

Certains sont seulement normaux.

Comme ceux qui écoutent les lignes ouvertes des radios poubelles et commentent sur les forums en ligne des média jaunes. Ils sont tout à fait normaux. Ils ne l'étaient pas avant que de consommer leur ration quotidienne de haine. Au bout de trois jours de pratique assidue, ils ressentaient déjà la normalité s'insinuer en eux-mêmes. Les voilà qui riaient tous des races et des tapettes comme dans le bon vieux temps, du temps où les gens étaient NORMAUX!

Le seul Nous qui compte devrait bien sûr être celui qui nous préserverait de ces gens un peu trop normaux pour les laisser former une majorité.

Je fais appel à tous les indifférents d'être encore plus indifférents.

Je sais que je peux compter sur le soutien des indifférents.

Je sais que Nous formons la grande majorité sans laquelle tout ce pays serait transformé en épouvantable chaos.

Je ne suis pas indifférent, j'en conviens.

Je suis un peu artiste, plutôt anarchique, en-dehors de tout système par instinct primaire de conservation.

Je porte souvent des pancartes, je signe des pétitions et loge plutôt à l'extrême-gauche pour des raisons qui ont plus à voir avec Tolstoï qu'avec Lénine. Je déteste l'injustice et suis même une sorte de licorne de la justice sociale, un idiot utile.

Par contre, j'aime les indifférents.

Ils me rassurent.

Ils me disent que Nous avons encore une chance de s'en sortir.

jeudi 16 novembre 2017

Une nouvelle toile: la chasse-galerie !


Offre de service pour un poste de grand patron

Sorel, 16 novembre 2017

À Mme Claire St-Clair
Directrice des ressources humaines
Manufacture du pneu recyclé
13, rue des Ormes
Josephville, Québec


Objet: Offre de service pour un poste de grand patron


Madame St-Clair,

Je vais aller droit au but: j'ai changé.

Je suis en ce moment conférencier pour les Alcooliques Anonymes et j'ai appris beaucoup sur ma maladie.

Je n'ai jamais été un mauvais garçon mais il m'est arrivé de tuer quelques personnes parce que j'avais un peu trop bu. Tant que je n'avais justement pas réglé cette dépendance à l'alcool et aux drogues, tous mes efforts étaient vains pour me faire suivre le droit chemin. Or, je n'ai rien bu depuis déjà 12 jours et me sens mûr pour relever de nouveaux défis qui rendront grâce à Dieu et à sa création. Savez-vous que Dieu nous aime Madame St-Clair? Moi je le sais maintenant.

En plus d'avoir tué deux ou trois fois, j'ai passé quelques années en prison. Rien de trop grave. Six ans pour vols multiples, extorsions et menaces de mort. Une bagatelle quand on sait qu'il y a des pédophiles en liberté. Ce qui n'est pas mon cas. Vous pouvez donc me laisser sans crainte en présence de vos enfants si vous en avez. Je ne dis pas que je saurai en prendre soin. Mais je ne les dérangerai pas s'ils ne me dérangent pas. Au pire, je leur dirai d'aller jouer ailleurs.

Ce qui m'amène à vous parler de mon expérience. En prison, j'ai pu terminer mon secondaire 5. J'ai un cours en arts plastiques. Je suis devenu un spécialiste en sculpture d'organes génitaux des deux sexes. Je répondais ainsi aux commandes de mes codétenus qui me payaient bien pour améliorer mon ordinaire carcéral. En ce moment, je sculpte des porte-clés dans des noyaux de pêche. Je les vernis une fois que c'est terminé. Ceux qui ne m'en achètent pas sont rares.

Je suis une personne plutôt calme dans les moments où tout le monde panique. Je n'ai jamais tué que de sang-froid, même si l'alcool était en jeu. Ce qui fait de moi le candidat idéal pour un poste de grand patron: calme et efficace, jamais froid aux yeux, comprend que les affaires sont les affaires sans sourciller, sans avoir des états d'âme de séminariste déconfit.

Mes accointances avec toutes sortes d'individus louches et peu recommandables font de moi un allié sûr pour le développement de vos affaires. Moi et mes nouveaux amis rencontrés en prison savons comment amadouer les mauvais payeurs pour leur faire, excusez l'expression, «cracher le morceau».

Si vous cherchez un grand patron, c'est moi qu'il vous faut.

Je vois grand. Je vois large. Vos pneus recyclés se vendront comme des petits pains chauds, de gré ou de force.

Vous pouvez laisser un message à Bob, à la maison de transition où j'habite en ce moment. Son numéro de téléphone est 333-622-2589 extension 3597. Il vous donnera de bonnes références à mon sujet. Bob n'a jamais volé quoi que ce soit sinon il ne pourrait pas être intervenant à la maison de transition. S'il vous dit que je suis un bon gars, c'est donc qu'il le dit de son propre gré sans que je ne lui aie tordu un bras.

Je serais évidemment fort ravi de vous rencontrer afin que je devienne le grand patron de votre manufacture de pneus. Évidemment, il faudra songer à changer le nom de votre entreprise quand je serai grand patron. Je préférerais PNEUS RECYCLÉS LA BRAOULE. Comme je suis connu comme Barabbas dans la Passion, c'est tout à votre avantage de donner mon nom à votre entreprise qui ne doit pas rouler fort, fort par ailleurs.

Recevez, Madame St-Clair, mes salutations.

Ce sera un privilège que de tous vous diriger, vous et tous les autres que je ne connais pas encore.


Raoul La Braoule
Candidat au poste de grand patron
Centre de transition Des Érables
Laissez un message à Bob
Té.: 333-622-2589

PS: Je n'ai pas de curriculum vitae. Je n'aime pas étaler ma vie privée sur papier.

PJ: Il n'y a pas de pièces jointes

RLB/rlb

mercredi 15 novembre 2017

Novembre ne me fait pas déprimer

J'aime le mois de novembre.

Quand j'en entends se plaindre de lui, je m'insurge.

En novembre, le froid revient. Et puis après? L'eau du robinet aussi devient froide et, de plus, elle ne goûte plus l'eau de javel.

Les braillards, les pleurnichards et les autres n'ont qu'à se faire du feu. Ou bien qu'ils aillent vivre au soleil en exploitant la misère des pauvres gens dans des paradis pour riches.

***

La neige. Beaucoup s'en plaindront encore. Surtout ceux qui ont un véhicule. Ce sont les pires braillards. Cela explique en partie pourquoi je me déplace à pied ou en vélo. L'autre partie a trait à mes yeux astigmates qui me font faire le focus avec un décalage horaire. À haute vitesse, c'est comme si j'étais sous les feux d'un stroboscope.

Donc, j'aime la neige.

C'est beau, vivifiant et propre.

***

Voilà tout ce que j'ai à dire aujourd'hui.

mardi 14 novembre 2017

Aphorismes

«Toute théorie est sèche et l'arbre de la vie est fleuri.» Goethe

Je ne savais pas comment le dire, alors je l'ai écrit.

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La poésie va de pair avec tout, même avec la philosophie. 


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Les sciences humaines deviennent humaines seulement lorsqu'elles cessent de faire semblant d'être des sciences.

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Je suis content de l'existence de la charte des droits et libertés pour nous protéger des manigances nationalistes qui excitent les foules à mener des pogroms d'un nouveau genre envers les Sémites de toutes confessions..

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Les nationalistes québécois ne sont pas racistes: ils sont hypersensibles et n'aiment pas que l'on rie des idées du Front National. Ils appellent ça, sans rire, pratiquer de la censure médiatique...

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Chaque groupe humain génère son lot de fous enragés fanatiques qu’il faut museler. Nous devons les meilleurs moments de l’humanité à une forme de bienveillante indifférence qui nous protège autant de nos propres excès que de ceux d’autrui.

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Aucun métier n'est aussi méprisé que celui de politicien: peut-être parce que les politiciens ne réalisent pas que la politique n'est pas un métier.

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Je ne me ferai jamais complice de ceux qui veulent couper des barbes, des cheveux boudinés ou bien arracher des voiles sous le seul prétexte d'unifier l'empire sous le couvert d'une religion unique qui n'ose pas se nommer.

***

Qu'est-ce qu'un islamophobe? Essentiellement quelqu'un qui chie encore dans ses culottes.

***

S'en prendre au multiculturalisme c'est comme s'en prendre au cosmopolitisme: faillite annoncée d'une idée qui n'en sera jamais une. Promener un chef sur un bouclier comme dans un village gaulois? Non merci.

***

Qu'est-ce qui menace le plus nos droits et libertés? Les historiens amateurs...

***

Notre peuple, notre nation... nous allons disparaître! Il n'y aura plus de polkas. Ni de saucissons polonais. 60 000 manifestants dans les rues de Cracovie pour réclamer une Pologne plus blanche, sans racaille et sans étrangers... 

***

Je ne savais pas comment l'écrire. Alors je l'ai dit.


lundi 13 novembre 2017

Better Call Saul et mes anecdotes

J'ai visionné deux saisons complètes de Better Call Saul, un spin-off de la série Breaking Bad qui relate la vie de l'avocat Jimmy McGill avant qu'il ne devienne Saul Goodman. C'est plus humoristique que Breaking Bad et les personnages sont toujours improbables. On se croirait en pleine comédie humaine. Le frère de Jimmy, Chuck, est un grand avocat rigoureux et honnête. Il est allergique aux ondes magnétiques et porte toujours sur lui une couverture d'aluminium. Jimmy voudrait devenir avocat mais Chuck est convaincu que Jimmy est trop croche pour faire honneur à la profession.

Les frontières entre le bien et le mal sont toujours difficiles à définir dans l'univers de Breaking Bad tout comme dans celui de Better Call Saul.

Cela dit, cette introduction doit servir de prétexte à une autre de mes anecdotes...

En fin de semaine, en écoutant les premiers épisodes de la deuxième saison, je suis tombé sur une scène où Jimmy McGill se fait prisonnier d'une pièce du sous-sol d'un centre commercial après que la porte se soit refermée et barrée derrière lui.

-No! No! No! hurla-t-il en anglais en constatant que l'édifice était vide et que personne ne viendrait le chercher avant un bout.

Jusque là, rien qu'une histoire bien banale.

Pourtant, elle m'est restée à l'esprit. Allez savoir pourquoi.

Tant et si bien que, tout à l'heure, je me suis retrouvé coincé dans un portique après qu'une porte se soit refermée et barrée derrière moi.

J'ai appelé le concierge: il ne serait pas là avant deux ou trois heures...

Gulp!

-Non! Non! Non! hurlé-je presque.

Puis j'ai réfléchi. Ce qui me prend parfois 10 secondes et parfois vingt minutes...

Au bout de vingt minutes, j'ai appelé l'un de mes collègues pour me sortir de cette situation en prenant le chemin en sens inverse. Il a finalement réussi à ouvrir la porte de l'intérieur. Et j'ai pu revenir à mes affaires...