jeudi 25 août 2016

Summertime

Summertime and the livin' is easy
Fish are jumpin' and the cotton is high
DuBose Heyward, Summertime

Les jours s'écoulent paisiblement en vacances. Les obligations du jour sont moins présentes qu'à l'accoutumé. Laver la vaisselle et aller à l'épicerie ne sont plus des fardeaux. Les petits détails qui devraient nous emmerder en temps normal deviennent des événements sans conséquences. On se surprend à siffler toute la journée même si l'on s'efforce à le faire les jours où l'on travaille par devoir de résistance envers la morosité et la monotonie.

Évidemment, on ne peut pas que fainéanter en vacances. Du moins pour les miennes. Les plaies de lit, ce n'est pas mon truc.

Trente kilomètres de vélo, cinq kilomètres de marche rapide, quelques kilomètres en voiture et la vie est belle. Et la santé est bonne.

Comme le corps a fait du sport, c'est avec moins de culpabilité que l'on s'offre un bon repas arrosé d'un bon vin. Un peu de grattage de guitare et l'excellente série télévisée Boardwalk Empire avant que de dormir comme un bébé auprès de sa bien aimée.

Si la vie ne pouvait être que des vacances, ce serait trop chouette,

Je ne suis certainement pas le premier à le dire. Ni le dernier.

Alors, je vais me contenter de siffler tout mon saoul jusqu'à la fin de mes vacances.

mardi 23 août 2016

Les clous ça dit toutte sur une maison

J'ai visité la Gaspésie avec ma douce il y a deux ans. Nous avions été marqués par la beauté des paysages, bien entendu, et il n'est sans doute pas nécessaire d'y revenir. Par contre, nous avions été outrés par la médiocrité d'un déjeuner qu'on nous avait servi dans un quelconque restaurant aux abords de la route 132. Notre déjeuner était constitué de deux oeufs brouillés, de quelques rares cubes de patates rôties, une saucisse hot-dog coupée en deux et une fine tranche de tomates coupée avec un scalpel pour agrémenter le tout. Le café était dégueulasse. L'ambiance était moche. Le service était à chier. Ce déjeuner contrastait avec les déjeunes gargantuesques que l'on sert dans ma région: du bon café, beaucoup de patates, des vraies saucisses à déjeuner, trois ou quatre tranches généreuses de vrais fruits et un service comme si vous étiez en famille. Finalement, vous êtes mieux de déjeuner à Trois-Rivières plutôt qu'en Gaspésie.

***

La même expérience d'un déjeuner décevant s'est répétée cette année dans un restaurant de Saint-Siméon dont je tairai le nom pour ne pas leur faire de publicité. Appelons ce restaurant Le Guéridon pour lui donner un nom de substitution. Il est situé tout près de la traverse vers Rivière-du-Loup, juste en haut de la côte. On nous y a servi deux oeufs brouillés avec une ultra-fine tranche d'orange, une non moins fine et unique tranche de bacon, quelques patates rôties perdues dans une trop grande assiette et un café qui s'apparentait à de l'eau de vaisselle. La serveuse n'était ni antipathique ni sympathique ni rien.

Par contre, il y avait ces habitués de la place qui sauvaient le restaurant Le Guéridon de mon plus total mépris.

Trois vieux hommes dans la soixantaine sirotaient leur eau de vaisselle en livrant leur science sur les clous. L'un ressemblait vaguement à un morse avec ses grosses moustaches. L'autre était plus maigre et plus sec avec un dentier trop grand pour sa fine bouche. Et le troisième, franchement, passait tellement inaperçu qu'il ne disait rien. C'est à peine si je l'ai remarqué même si je sais fort bien qu'il y était. Il faut dire que j'étais assis de dos à ces compères. Ce qui ne m'empêchait pas de les entendre pour savourer leur conversation pittoresque à propos des clous.

-Ej' travaille tous 'es jours à démolir la maison de Ti-Noir, disait le vieux morse, et cré-moé qu'i' y a toutes sortes de clous: des petits clous, des gros clous, toutes sortes de clous... Y'a des clous à têtes rondes. Des clous à têtes plates. Des clous pas d'têtes. Toutes sortes de clous. Y'a même des vis des fois...

-Gardez-vous tous 'es clous? questionna le vieux maigrichon.

-Tous 'es clous mais y'en a qui sont gros comme la salière... Quand j'pogne des gros clous d'même j'me badre pas avec ça... J'coupe les planches pis j'te garroche les bouttes dans un tas... J'me mettrai pas à me désâmer après des gros clous d'même...

-Y'avait-tu ben des clous à têtes plates?

-Ouin mais y'avait aussi des clous à têtes rondes... En seulement qu'les clous à têtes plates sont plus vieux. On voé qu'i' sont en vieille fonte... Les clous plus neufs sont encore brillants...

-Les clous ça dit toutte su' une maison!

-Ah oui! Les clous ça dit toutte, les gros clous, les p'tits clous, toutes sortes de clous...

-Ti-Noir y t'dit-tu d'garder 'es clous?

-Non Ti-Noir s'en sacre. I' dit qui va en acheter à 'a Malbaie... Dans mon temps, jamais qu'mon père aurait j'té un clou pis moé j'suis sa manière parce qu'i' a trop d'monde qui jette les clous, les petits clous, les gros clous, toutes sortes de clous...

-Ti-Caille aussi va démolir son cabanon c't'automne... I' te l'a-tu dit?

-Ouin j'l'ai su par Ti-Zoune mais pas sûr que Ti-Caille va garder 'es clous... Lui aussi va en acheter des neufs à 'a Malbaie... Maudit gaspillage! Ça jette leu' beaux clous pour s'en acheter qui valent pas d'la marde! Y'a des vieux clous de deux cents ans d'encore cloués pis sont pas sortis du bois... T'achètes des clous neufs pis première affaire qu'tu sais c'est qu'el' clou r'sort de son trou comme un ver pour aller à 'a pêche!

-Certain! J'ai pour mon dire que les clous ça serait pas des clous si ça restait pas cloué...

-Quand t'as d'la misère à déclouer des clous, des gros clous, des p'tits clous, toutes sortes de clous, c'est parce que c'est des bons clous...

Cette conversation que je suis incapable de vous rapporter in extenso se prolongea jusqu'à la fin de mon misérable repas. Je remerciai le destin de m'avoir fait mettre les pieds dans ce restaurant minable pour entendre ça. Ces conversations sans queue ni tête sont pour l'écrivain ce que les clous sont pour une maison.

Évidemment, plusieurs ne partageront pas mon avis et me trouveront ridicules de m'émouvoir de si petits détails. Je descends dans Charlevoix et plutôt que de vous parler du Casino et de l'observation des baleines je vous rapporte des propos émis par un vieux morse et son acolyte. Je vous parle d'un déjeuner qui n'enlève pas la faim. Je vous dis tout ce qui ne figurerait pas dans un guide touristique. Comme si j'étais vraiment un gars de la place.

Je suis pourtant un gars du fleuve. Un de ces gens de paroles et de causeries chanté par Gilles Vigneault. Un habitant d'une ville portuaire qui tient des propos de pirate et de contrebandier.

Je suis de ce pays, en effet.

lundi 22 août 2016

Roadtrip à Tadoussac

Lever du soleil à Saint-Siméon dans Charlevoix.


Oui, même les blogueurs prennent des vacances. Cela explique pourquoi je n'ai rien posté sur mon blogue au cours des derniers jours. Je me suis un peu ennuyé de ne pas vous ennuyer avec mes bêtises quotidiennes. Mais pas tant que ça. J'avais plutôt la tête ailleurs. Ailleurs, là-bas, les yeux rivés sur les eaux salées du golfe du grand fleuve Magtogoek (anciennement Saint-Laurent). Ailleurs, à Rivière-du-Loup, Saint-Siméon, Tadoussac et Baie Saint-Paul.

Moi et mon amoureuse sommes partis mardi dernier à Rivière-du-Loup sur un roadtrip indéterminé. Quatre heures de vieux rock sur l'autoroute 20 et la route 132-Est. Nous n'y avons passé qu'une seule nuit en camping de Gitans. Le lendemain, nous avons pris le traversier en direction de Saint-Siméon dans Charlevoix. La traversée dura près d'une heure et demie. On se sentait en croisière sans avoir à payer une note faramineuse. Les goélands et les cormorans tournaient au-dessus du traversier. L'air était froid et salin. Une journée magnifique s'annonçait.

Nous nous sommes installés ensuite au camping Falaise-sur-Mer de Saint-Siméon. Comme le nom l'indique, on s'est fait des mollets. On a dormi au son d'un petit ruisseau puis le lendemain matin nous avons marché jusqu'au village de Saint-Siméon pour exercer notre contemplation. Ça montait comme dans la face d'un singe pour revenir. La baignade et la douche furent bienvenus. Nous nous sommes tapés une bonne bouffe puis retour vers l'observation de la nature.

Comme nous ne souhaitions pas tenir en place afin de conférer plus de densité à notre roadtrip, nous avons poursuivi notre chemin vers Tadoussac. Il y faisait un froid d'ours polaire à huit heures du matin. Nous nous sommes installés au Camping Tadoussac qui nous offrait une vue grandiose sur notre pays. Puis nous nous sommes tapés un gros déjeuner avant que de partir explorer Tadoussac.

Tout ce que l'on descend doit être remonté. Et ça descendait pendant deux kilomètres pour nous rendre jusqu'au village. Nous avons bifurqué par un petit sentier du Parc des Ancêtres qui nous mena jusqu'au bord de mer. La plage y était magnifique. Quelques touristes attendaient de monter à bord d'un zodiaque pour aller observer les baleines. L'air devenait plus chaud et le soleil de plomb contribua grandement à haler nos peaux. La remontée vers le camping fût pénible. Cela nous a pris tout notre petit change pour revenir sur nos pas. On profita du reste de la journée au Camping Tadoussac à contempler la mer et l'embouchure de la rivière Saguenay. Un bon vin, un bon repas puis une rencontre avec un sculpteur de Tadoussac qui, incidemment, portait le même prénom que moi.

On décida ensuite de prendre le chemin vers Baie Saint-Paul dans Charlevoix. J'avais lu quelque part qu'il y avait plein de galeries d'art et d'artistes. Nous ne fûmes pas déçus.

Pour s'y rendre. on emprunta la route 362 qui longe le fleuve. Nous traversâmes les villages de Saint-Irenée, La Malbaie et Les Éboulements. C'était magnifique et il fallait souvent avaler pour se déboucher les oreilles au fil des remontées et des descentes dans les montagnes.

Le Camping du Gouffre, à Baie Saint-Paul, nous offrit un emplacement intime sur le bord d'une rivière pour y parquer notre camionnette transformée en campeur. Nous avons bouffé comme des rois, une fois de plus, puis nous sommes partis visités les galeries d'art de Baie Saint-Paul. J'ai compris que je devais absolument y exposer mes toiles un jour ou l'autre. J'ai ressenti que je pouvais joindre mes oeuvres à celles de mes pairs sans en avoir honte. Je ne dis pas ça par orgueil ou narcissisme. C'était tout simplement une révélation. Ce que je fais vaut son pesant d'art. Ce ne serait pas la dernière fois que je reverrais Baie Saint-Paul. Et même qu'un jour je devrai m'y installer l'été ou l'automne ou l'hiver par une circonstance qui finira bien par s'offrir.

On revint au campement pour notre dernière nuit dans Charlevoix. L'air se faisait plus frais entre les montagnes. Une petite ferme jouxtait le terrain de camping et ma blonde a pu nourrir un poulain avec des carottes et des chèvres avec des bouts de piments. On ouvrit une bonne bouteille pour la boire lentement près d'un feu à contempler les montagnes qui entouraient notre gouffre. La nuit fût fraîche et je dormis comme un bébé.

Il fallut bien revenir à la maison. Pour que le choc ne fût pas trop brutal on prit le Chemin du Roy qui longe le fleuve. Sainte-Anne-de-Beaupré, Québec, St-Augustin-de-Desmaures, Neuville, Cap-Santé et alouette!

Une pluie nous accueillit à Trois-Rivières en soirée. La seule pluie de notre voyage, hormis celle qui survint au cours de notre nuit à Rivière-du-Loup. Comme l'an passé en Nouvelle-Écosse, notre roadtrip se fit au soleil. Peut-être parce que nous menons une bonne vie. Ou parce que les deux dernières semaines du mois d'août constituent le meilleur temps pour prendre nos vacances.

Elles ne sont pas encore terminées ces vacances. Il nous reste encore une semaine à nous promener ça et là, à pieds, à bicyclette ou en camionnette.

Rien de prévu.

Rien à prévoir.

Seulement profiter de la vie.

Plage de Saint-Siméon

À l'aube au Camping Falaise-sur-Mer de Saint-Siméon

Vue panoramique sur Tadoussac

Une citation de Gérald Godin dans le Parc des Ancêtres de Tadoussac.

La plage de Tadoussac.

Vue panoramique de Tadoussac.

Un cheval au Camping du Gouffre de Baie Saint-Paul.

Baie Saint-Paul vue de l'intérieur d'une camionnette...

La petite rivière du Camping du Gouffre de Baie Saint-Paul



lundi 15 août 2016

Un sujet léger

Il convient d'écrire sur des sujets légers quand il fait chaud et que l'on s'habille légèrement. Ce n'est pas la canicule aujourd'hui, mais ce n'en est pas moins chaud pour autant.

À tous les jours que le bon vent amène vient toujours un temps où il me faut réfléchir à mon billet du jour. Je pourrais, évidemment, penser à autre chose. Voire passer à autre chose. Cependant, votre gentillesse m'oblige à continuer, chers lecteurs et lectrices. Vous pourriez interpréter mon silence comme une trahison. Pour les plus méchants d'entre vous, votre mépris envers ma personne serait irrémédiablement compromis et menacé par l'indifférence.

Toutes ses calembredaines me mènent tout droit à mon sujet léger.

Et ça tombe bien, puisque je dois vous parler de Pierre Léger. Pas le Pierrot Léger qui avait une corne de rhinocéros tatouée dans le front. Pas ce feu Pierrot Léger, alias le fou, un poète de Montréal  qu'on avait le malheur de trouver parfois dans les toilettes des bars aux petites heures du matin avec de la poésie plantée dans le bras.

Paix à son âme s'il me lit de là où il se trouve. Ce n'est pas de ce Pierre Léger qu'il est question ici. Mais de son homonyme, Pierre Léger, un gars dans la trentaine qui, par un curieux hasard, ne porte pas de nom composé comme la plupart des gens de sa génération.

Il aurait dû s'appeler Pierre Léger-Brûlotte si sa mère, Régine Brûlotte, avait été à la mode de chez-nous. Mais non, Régine était démodée. La mode ne rentrait pas dans son village de la Haute-Mauricie. Alors Pierre Léger s'était donc tout simplement appelé Pierre Léger. Pour ne pas dire Joseph-Alexandre-Pierre Léger comme on peut le lire sur son certificat de naissance. Ce qui prouve qu'en plus d'être démodée, Régine Brûlotte était catholique.

Quant à son père, Pierre Léger sénior, premier de ce nom, il s'était perdu un jour en allant acheter une pinte de lait et n'était plus jamais revenu. Ce qui fait que Pierre Léger junior avait surtout grandi dans des familles d'accueil. Régine Brûlotte n'avait pas la fibre maternelle en plus d'être morte très jeune. Pour tout dire, Pierre Léger s'était élevé lui-même, ce qui n'est pas très léger comme sujet j'en conviens.

Or, Pierre Léger a beaucoup consommé de drogues au cours de sa vie pour trouver un sens à sa vie qui semblait bien ne pas en avoir. D'autres n'en auraient pas fait tout un plat. Des tas de gens vivent sans raisons de vivre et ne se droguent pas tous les jours. J'en connais même un qui sort son chien tous les matins et traîne même un sac de plastique pour ramasser les petites crottes de son cabot. Comme quoi les raisons de vivre ou pas ne devraient jamais intervenir dans les questions d'ordre public ou d'hygiène personnelle. Tous les bourgeois le savent et les riches engagent des animateurs de radio tout aussi rapaces pour vous rentrer cette leçon dans le crâne.

Évidemment, nous sommes tous différents. Pierre Léger assumait cette différence avec de la drogue, beaucoup de drogues, tout ce qui lui tombait sous le nez. Il allait même jusqu'à faire la tournée des toilettes dans l'espoir d'y trouver des bouts de joint ou bien des sacs de poudre oubliés par les hédonistes qui s'adonnent à en renifler pour ensuite constater qu'ils ne bandent plus.

Il ne travaillait pas, Pierre Léger. Et pourtant, il n'avait pas de corne de rhinocéros tatouée dans le front. C'est à peine s'il s'était fait tatouer une larme au coin de l'oeil lors de son dernier séjour en prison. Signe qu'il avait sans doute servi de mignon pour quelque brute sans âme pendant son incarcération.

Cela dit, Pierre Léger passe souvent devant chez-moi. Et c'est là que ça devient intéressant. Enfin! intéressant pour moi. C'est ainsi que je l'ai connu. Enfin! Pas tout à fait. J'ai fini par savoir que c'était le même que celui que je croisais au dépanneur de la rue Royale où je vais parfois m'approvisionner en breuvages diète. Ce même Pierre Léger que je vois aussi au Parc Victoria.

Pierre Léger vient de La Tuque. Il est passablement édenté. Il a une allure de punk qui n'a pas demandé à le devenir. Il porte des pantalons élimés, des bottes trouées ainsi qu'un sac à dos sur lequel est imprimé une énigmatique peau de guépard tachetée.

Au fil de nos rencontres très courtes, j'ai fini par connaître sa vie. Autrement, je ne vous en parlerais même pas. Il y a des limites à inventer n'importe quoi.

Il n'est pas tout à fait sans ressources, Pierre Léger, puisqu'il roule sur un vieux vélo qui grince.

Il roule devant chez-moi vers quatre ou cinq heures tous les matins.

Je sais que c'est lui dès que je vois son sac à dos en simili-peau de guépard.

Je sais que c'est lui lorsque je l'entends crier à tue-tête après un interlocuteur imaginaire.

Il ne peut être qu'imaginaire puisque ce qu'il lui dit n'a jamais ni queue ni tête.

Pierre Léger fait semblant de lui parler en anglais, comme s'il avait un bluetooth.

-Well, well, my frennde you're flail di lail da de floungui way so schnapps eu fiveure o'clock dène you holy fuck djizz swell and chic because fire fire all time the god save plasteur windshield and cats and dogs...

Pierre Léger débite des incongruités au beau milieu de la rue, sur son vélo, réveillant sur son passage tous les citadins qui ont le malheur de dormir les fenêtres ouvertes l'été. Dont moi qui, fort heureusement, est souvent réveillé à cette heure-là.

C'est à peu près tout ce que je sais à propos de Pierre Léger après avoir saisi quelques bribes de sa vie au dépanneur et au Parc Victoria où je le croise souvent et lui parle comme s'il était plus important que Philippe Couillard, ce serviteur de l'Arabie Saoudite.


samedi 13 août 2016

Je suis un homme bon, un être de lumière... ouah!

Le billet d'humeur que j'ai posté ici hier pourrait laisser croire que je suis un être négatif, hargneux et malsain. On ne s'attaque pas impunément au bonheur, fusse-t-il artificiel ou bien superficiel.

Je vous rassure tout de suite, lecteurs et lectrices: je suis un être de lumière.

Je ne veux pas dire que je suis une lumière... C'est un pas que je ne franchirai jamais. Non pas par excès d'humilité. Mais par réalisme. Il m'arrive d'être con comme un manche. Et de l'être volontairement qui plus est. Je me défends en prétendant que c'est ce qui donne de la couleur à ma personnalité. Sans mes défauts, je serais quelqu'un de fade et d'insignifiant. On me respecterait autant qu'un horaire de chemin de fer.

Oui, je suis un être de lumière.

Derrière ma scatologie, mes sacres et mes blasphèmes se cache un petit bonhomme qui aime tout le monde, même les méchants. parce que j'ai la sensation que nous sommes tous des cons. Moi y compris.

Je pardonne à l'humanité d'être à mon image. Je me pardonne d'être à l'image de l'humanité. Et de l'un à l'autre je tente de comprendre comment je puis vivre sans commettre de dommages collatéraux avec mes paroles en l'air et mes indignations envers les actes qui mènent tout droit à l'injustice sociale.

Je ne suis pas parfait, non, mais j'aime la tarte aux pommes et les marguerites qui poussent sur les terrains vagues.

Je m'attendris devant le sourire d'un bébé.

Quand un chien fait des cabrioles je ris de bon coeur.

J'ai une belle pensée pour quelqu'un de trop gros qui remonte toujours son pantalon.

-Hu! hu! hu! que je ris tendrement en voyant le malheureux patapouf.

Bref, je suis de la bonne pâte. Je ne suis en rien un vilain, un adepte du satanisme et un partisan de la violence physique.

Je ne suis pas du genre à me laisser faire, bien sûr, et j'en ai secoué quelques-uns au cours de ma vie pour bénéficier de contradictions qui me rendent un peu plus inconséquent et par cela même plus énigmatique. Qui n'aime pas les énigmes? Quand on sait tout sur quelqu'un on le regarde avec un mélange de mépris et d'indifférence. On l'oublie aussitôt. On ne se rappelle jamais de son nom. On ne trouve pas plus de raisons pour l'aimer que pour le détester.

***

Oui, je suis un homme bon.

Je ne vous dirai pas tout ce que je fais pour assumer cette bonté. Vous diriez, avec raison, que je me vante de mes bonnes actions. Cela aurait pour conséquence de les annuler.

Donc, croyez-moi sur parole: je suis un homme bon puisque je vous le dis.

Bien sûr, je ne crois pas vraiment aux dieux dont on me parle sans cesse. Je n'ai aucune réponse définitive aux questions si mal formulées. J'adopte un sourire narquois devant les proverbes, maximes et pensées positives cheap. J'ai une certaine propension à l'intellectualisme, bien que je m'en défende parfois. Quand on se met à me ânonner des belles phrases je me mets à citer Schopenhauer, Nietzsche et Cioran, pour ne nommer que ceux-là. D'ailleurs, il m'arrive même de ne citer personne et de me montrer tout simplement cynique et désagréable. Comme quelqu'un qui se croit supérieur derrière ses grosses lunettes.

Je ne suis pas la personne idéale que l'on doit inviter pour un vernissage, un cinq à sept ou bien un léchage de raie quelconque. Je me tiendrai calme la plupart du temps mais j'adopterai invariablement une moue de mépris pour me sentir comme un chien dans un jeu de quilles.

Assez parlé de moi! Vous êtes assez vieux pour vous faire votre propre opinion sur la tarte aux pommes et le chiendent.

Si vous m'avez lu jusqu'au bout, j'espère que c'est parce que vous n'aviez rien de mieux à faire.

Autrement vous pouvez m'adresser une plainte pour avoir abusé de votre temps.

Voici mon courriel: bouchard.gaetan@gmail.com

Mon nouveau billet pour le Hufftington Post

Vous pouvez le lire en cliquant ici.

vendredi 12 août 2016

Les pensées positives me font chier

Je vagabonde parfois sur les médias sociaux pour y trouver de la matière à réfléchir. Twitter et Facebook, pour ne nommer que ceux-là, peuvent parfois relayer des informations que les médias traditionnels reprendront à leur compte plusieurs jours après, voire jamais. Les médias traditionnels sont devenus en quelque sorte handicapés par leur structure trop lourde. Ils sont à tous les jours un peu plus déclassés et déphasés qu'ils ne l'étaient la veille.

Cela dit, il y a aussi beaucoup de merde sur les médias sociaux. Il n'y en a pas moins dans les médias traditionnels comme dans la vraie vie.

Je suis particulièrement insensible aux belles pensées décorées de fleurs et de petits chats qui miaulent.

Or, elles abondent sur Facebook comme dans la vie des personnes qui tiennent à surmonter leurs souffrances avec des abracadabras.

"Le bonheur c'est ne jamais regarder en arrière et aller de l'avant..." Vous voyez le genre? Ces billevesées m'exaspèrent. Elles témoignent, à mon avis, de la faiblesse d'esprit de ceux et celles qui les emploient pour conjurer le mauvais sort.

Au lieu de me réconforter, ces belles pensées me dépriment au plus haut point. Je dirais même qu'elles font sortir le méchant. Dans le sens que je deviens bête et méchant en les voyant. Plutôt que de me guider vers la sérénité, elles me font devenir encore plus cynique.

À vrai dire, je n'en ai rien à cirer des belles pensées. Premièrement, je suis heureux dans la vie que je mène, malgré les aléas du sort, et je ne suis pas du genre à me plaindre de mes bobos outrancièrement. Deuxièmement, je ne veux pas devenir plus mou, mais plus dur. D'une dureté qui n'exclue pas la tendresse mais qui se refuse à devenir flasque comme du Jell-O.

Il doit sûrement y avoir un troisièmement et un quatrièmement mais je crois avoir fait le tour du sujet.

Les belles pensées, c'est de la pure bêtise.

Ce n'est ni sage ni intelligent. C'est emmerdant. C'est à jeter tout de suite sans les lire.

Bref, cela peut servir à quelqu'un qui n'a ni jugement ni personnalité. Cela peut être utile à un dépendant affectif, à un alcoolique notoire repenti ou bien à Rita.

Pour moi, c'est tout à fait inutile. C'est même mauvais pour ma santé mentale.

Comme la religion.

Comme la politique.

Comme toute idée fixe qui répète toujours les mêmes âneries et proverbes à la con.

Les chiens n'ont pas de scie et lorsqu'ils pissent sur les poteaux, eh bien ils pissent sur les poteaux.

That's it.

That's all.




mercredi 10 août 2016

Le temps d'un billet posté sur mon blogue...

Les journaux imprimés perdent du terrain à tous les jours. Leur lectorat diminue et les revenus publicitaires se font plus rares. La Presse ne publie plus en semaine. Le Toronto Star doit procédé à des compressions. Tous les journaux se tournent vers le numérique et tentent vainement de faire payer les lecteurs qui préfèrent largement le contenu gratuit. Les chroniqueurs qui ne sont pas publiés en ligne sont privés d'audience. Punir un auteur c'est dire que le contenu de cet article n'est disponible qu'aux abonnés. Du coup, il se sent pourrir tout seul dans son coin.

Moi, votre humble serviteur qui vous offre ce blogue tout à fait gratuitement depuis 2007, me retrouve sans le vouloir aux premières loges. La Presse devient un joueur tout aussi contournable que mon blogue. Ma zone d'influence s'étend au grand dam de ceux qui n'y trouvent pas cette méthodologie noble et distinguée des médias du bon vieux temps. J'ai parfois le vertige de constater que je peux être lu par tant de gens sans bénéficier de l'imprimatur des familles Desmarais ou Péladeau. Que s'est-il donc passé? Et moi qui souhaitais être à jamais un écrivain maudit... Et si je devenais populaire, qu'est-ce que je ferais, hein? De quoi aurais-je l'air?

Avant, je n'aurais été rien du tout. Maintenant, je suis un rien du tout qui peut être lu par tout le monde. J'ai même plus de lecteurs en France et en Russie qu'au Québec pour une raison qui m'échappe... Est-ce pour avoir trop souvent parlé de Tchekhov et du camembert?

Les journalistes de profession ne manqueront pas de se plaindre des nouvelles technologies de l'information. Comme les copistes du Moyen-Âge durent se plaindre de l'invention de Gutenberg.

Il n'y aurait pas eu Montaigne, Shakespeare, Molière, Cervantès, Voltaire et tant d'autres sans l'invention de l'imprimerie qui permit à des trous du cul et des fils de roturiers de faire entendre leur voix.

Il n'y aurait pas moi avec un petit m sans l'Internet. De même que bien d'autres blogueurs et lumpenprolétaires de l'opinion écrite.

Parfois, je me dis que je vis une époque formidable.

Cela ne dure jamais longtemps.

Le temps d'un billet posté sur mon blogue...