jeudi 22 février 2018

Une fleur dans les cheveux

Je suis peut-être condamné à récrire toujours la même histoire sous plusieurs formes. Comme s'il fallait inlassablement porter et livrer toujours le même message. Je ne suis certainement pas le premier à le dire. Et je ne serai pas le dernier.

Il m'arrive souvent de me référer au Docteur Jivago, tant pour le roman de Boris Pasternak que pour ce chef d'oeuvre cinématographique réalisé par David Lean mettant en vedette Omar Sharif, Julie Christie et Geraldine Chaplin. J'y vois la parabole d'un homme décidé à sauver des vies à une époque où la vie comptait pour si peu. J'y vois aussi la résistance du poète qui refuse de se laisser contaminer par la laideur de ce monde. Il sait qu'elle existe, comme la maladie, et il est prêt à la combattre, avec amour, avec passion.

Plusieurs scènes du film me sont demeurées en mémoire. D'abord la scène des funérailles. Youri Jivago vient de perdre sa mère. Il n'a pas dix ans. Tout lui semble mystérieux: le ciel, les nuages, la terre, la tombe de sa mère. Il est ailleurs, déjà, et y restera toujours. Dans la lune? Pas du tout. Il est au-dessus des contingences et souffrances de ce monde, là où il est possible de penser et de s'émouvoir.

Quand on me parle de révolution, je ne peux pas me détourner du Docteur Jivago. Du Docteur Jivago qui comprend qu'il faille combattre l'injustice de ce monde, partager, aimer son prochain. Et qui ne veut pas tuer pour ces raisons.

À l'instar de Walt Whitman, poète et infirmier pendant la guerre de Sécession, le Docteur Jivago passe sur les champs de bataille que pour ramasser les blessés et les soigner, peu importe le camp qu'ils ont adopté. Il soignera les Rouges autant que les Blancs.

Le film se veut aussi un rappel historique de la révolution russe de 1917. On y comprend le pourrissement de la situation sur le front. Les soldats étaient partis à la guerre dans l'enthousiasme en 1914. En 1917, après trois années de massacres et de privations, ils désertaient par milliers. Les généraux qui voulaient renvoyer de nouvelles recrues sur le front se faisaient descendre par les déserteurs et les nouvelles recrues rejoignaient la masse des révolutionnaires, de ceux qui croyaient que la guerre était une invention impérialiste et que les travailleurs n'avaient pas de patrie. On sent qu'à partir de ce moment, plus rien ne sera comme avant. D'où cette magnifique scène des soldats qui reviennent du front dans le film de David Lean.

Évidemment, comme c'est un film-culte pour moi je ne manque jamais de m'y référer pour toutes sortes de bonnes ou de mauvaises raisons.

Cette scène des soldats qui désertent le front me fait penser que nous sommes en guerre depuis le 11 septembre 2001 et que cela finit sans aucun doute par produire de plus en plus de déserteurs...

Je suis sans doute l'un de ceux-là.

Le boxeur Mohamed Ali avait une belle formule pour justifier son objection de conscience pour aller faire la guerre au Vietnam. Il disait que jamais un Vietnamien ne l'avait traité de sale nègre.

Cela me revient aussi en mémoire pour nos guerres néo-coloniales menées sur tous les continents. Les étrangers ne m'ont jamais traité de sale artiste plein de marde, gratteux de guitare et carré rouge, zinzinclusif et islamogauchiste, cosmopolite et le diable sait quoi encore.

Et je me dis qu'il faut sauver tout autant la poésie que les gens qui tombent sur les champs de bataille, en espérant que ça cesse de saigner une fois pour toutes.

***

Pour tout dire, je pense qu'on ne parle pas suffisamment de la paix ces derniers temps.

Qu'il faille arracher la tête de l'un ou de l'autre, on le sait déjà. Et ça ne mène à rien.

On doit reprendre la toile là où le fil s'est cassé.

À mon avis, il ne s'est rien fait de mieux en Occident que le mouvement d'opposition qui a mis fin à la guerre du Vietnam, mouvement qui a aussi nourri d'autres mouvements pour les droits civiques par ricochet.

Cette ironie bienveillante, ces fleurs dans les canons et ces love-in doivent revenir à l'avant-scène.

Notre époque est infiniment triste, conformiste et chloroformée.

Il lui faudra de puissants stimulants spirituels pour nous extirper de sa médiocrité.

Je pense que nous sommes mûrs pour de grandes marches pour la paix. Mûrs pour de la folie. Parce que la logique froide des raisonneurs patentés va tous et toutes nous achever jusqu'au dernier.

Nous sommes mûrs pour déserter les guerres néocoloniales et l'esprit malsain qui l'accompagne dans la gestion des affaires humaines.

Peut-être que je suis trop poète.

Trop près du Docteur Jivago et autres personnages romanesques.

Dans la vraie vie, voyez-vous, on tue et laisse tuer sans sourciller.

On essaie de ne pas marcher sur les viscères qui baignent dans le sang des massacrés.

On ne se met pas à chanter la paix avec une fleur dans les cheveux...

Eh bien si c'est la vraie vie, je ferai comme Jivago. Je contemplerai le ciel, les nuages et la terre -et j'écrirai des poèmes d'amour.

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mercredi 21 février 2018

Alléluia Raymond chiait dans ses culottes

Cela me surprendrait que beaucoup d'entre vous connaissent Alléluia Raymond. D'abord parce que peu d'entre vous sont de Québec. Et encore moins nombreux ceux qui proviennent de la Basse-Ville. De plus, ça s'est passé il y a fort longtemps. C'est-à-dire dans les années '90, quand le mail Saint-Roch était encore couvert. 

On voyait souvent Alléluia Raymond sur le mail Saint-Roch. Et parfois sur la rue Saint-Jean. 

C'était un petit bonhomme malingre, aux yeux trop grands pour ne pas en avoir trop vu, qui en plus d'être bossu boitait lamentablement. Il devait avoir entre 60 et 100 ans. C'était difficile à dire. La jaunisse ça vous déforme son homme. Et, bien entendu, il lui arrivait souvent de chier dans ses culottes.

Il était barré au restaurant Chez Ginette. Et dans tous les autres restaurants d'ailleurs. Hormis le McDonald's qui le tolérait encore ne serait-ce que parce que ce n'était jamais les mêmes qui travaillaient.

C'est vrai que chier dans ses culottes. ça rend les commerçants mal à l'aise.

Alléluia Raymond ne s'en faisait pas outre mesure. Il était habitué à se faire maltraiter parce qu'il chiait dans ses culottes. Personne ne voulait le sentir? Tant pis. Il se trouverait bien un trou pour baigner en paix dans sa soupe. Et, effectivement, Alléluia Raymond dormait sous les viaducs, un peu partout, en se maintenant au chaud avec de l'alcool sous toutes ses formes.

-J'peux pas tolérer ça dans mon resto tabarnak! s'indignait Ginette. Ça sent 'a marde! Ça lui glissait tout le long des jambes jusque sur le plancher...

Eh oui. Alléluia Raymond était dégoûtant.

Pourtant, il était touché par la grâce du Seigneur, Alléluia Raymond, et c'est avec passion qu'il livrait jour après jour sa célèbre interprétation du Messie d'Haendel devant les commerces de la rue Saint-Jean qui se plaignaient des odeurs et de l'image que ça leur faisait.

Alléluia Raymond répétait inlassablement alléluia sur tous les tons en singeant les paroles de Haendel. Il faussait épouvantablement et, vrai, il avait encore chié dans ses culottes.

-Alléluia! Alléluia! Alléluiaaaaaaa-aaah! chantait-il en tendant la paume de sa main crasseuse aux ongles noirs de caca.

-J'ai rien... Faut travailler dur pour gagner son argent! lui fit remarquer une dame qui tenait sa sacoche serrée contre elle comme si elle craignait qu'Alléluia Raymond ne la lui vole.

Lucien qui passait par là lui remit son obole.

Il était superstitieux, Lucien.

Il croyait que Dieu se déguisait en mendiant qui chiait dans ses culottes pour tester la bonté des humains.

Sacré Lucien!

Quant à Alléluia Raymond, il devint propre pour la dernière portion de sa vie qui s'acheva le 2 février 2002 lorsqu'il mourut d'une cirrhose du foie après avoir souffert de la jaunisse.

Un travailleur de rue de la Côte d'Abraham s'était occupé de lui et lui refilait des couches qu'on lui avait donné au CLSC par pur élan de bonté envers Alléluia Raymond.

Tout le monde pensait encore qu'il chiait dans ses culottes et ce n'était plus vraiment le cas.

On n'aurait pas dit qu'il sentait bon.

Mais grâce à de valeureux fonctionnaires de l'État, nous avions là un homme qui avait retrouvé un peu de dignité.

Cependant, Alléluia Raymond ne put jamais remettre les pieds au restaurant Chez Ginette qui, malgré sa relative bonté, ne tolérait pas d'avoir à torcher ses clients.

Oui.

C'est bien pour dire.

mardi 20 février 2018

Lucien et la grosse truie qui chauffait un taxi

Lucien marchait souvent pour ses déplacements en ville. Ça ne l'effrayait pas de marcher pendant une heure et demie pour se rendre d'un point à l'autre. Et même que ça lui faisait du bien. Il se sentait un peu hors du temps, hors du stress, hors de ce monde pour tout dire.

Cependant la pluie lui rappelait que ça mouille les vêtements.

Aussi fit-il exception à son exercice quotidien et héla un taxi.

Une grosse voiture le prit à son bord. Avec une grosse rousse au volant qui sentait la vanille, un parfum que Lucien n'appréciait pas particulièrement pour une femme. Et même pour un homme. Mais bon, ça varie d'un nez à l'autre.

Ce qui lui puait le plus au nez, à Lucien, c'était surtout le fait que la grosse rousse était ouvertement raciste. Comme Lucien avait les traits plutôt caucasiens, une bouille d'Oktober Fest, elle se disait sans doute qu'elle pouvait lui confier toutes les saletés de son âme.

-Moé là, j'me dis que c'est nous autres avant les autres... Les Arabes pis les nègres y'ont pas d'affaire icitte... J'y va's-tu chez-eux moui? Non. Ça fait qu'i' viennent pas icitte eux autres non plus...

-Je ne suis pas raciste madame, lui répondit Lucien.

-Ah non? Vous devriez. C'est une invasion. Moé chu devenu raciste à force de voir toutes ces races-là arrivées icitte pis s'prendre comme si c'était nous autres qui devaient cirer leu' souliers! Wô minute!

-On vous oblige à cirer des souliers si je comprends bien?

-Non! C'est une image... Mais y'en a des nôtres qui vont en cirer juste parce qu'i' y aura p'us de jobs pour parsonne! Icitte c'est Québec! Icitte c'est Canada!

Elle continua de vomir sa haine des immigrés tout le long du trajet.

Puis, arrivé à destination, Lucien lui paya son dû en lui laissant même un pourboire, par habitude sans aucun doute.

-C'est vraiment une grosse hostie d'truie! se dit Lucien en lui-même après être débarqué du taxi.

Et c'en était vraiment une.

Une vraie grosse truie raciste comme il s'en fait de temps à autres dans nos belles paroisses.

lundi 19 février 2018

Simulacre de printemps

Le soleil brillait sur la neige qui fondait.

Une large flaque d'eau noire s'était formée au sol pour laisser entrevoir un bout de sol dénudé.

Ça sentait le pipi de chat et la crotte de chien.

C'était un simulacre de printemps.

Et à part de ça tout allait bien.

dimanche 18 février 2018

Bouboule Drolet se prenait pour Batman et son père pour un Abraham biblique

C'était l'été. Il faisait chaud et c'était comme d'habitude trop humide dans cette vallée portuaire ceinturée d'usines qui retenaient une population d'esclaves contemporains.

Personne n'avait encore l'air climatisé. Des ventilateurs tournaient ça et là dans les taudis mal isolés qui étaient trop chauds l'été et trop froids l'hiver. Les feux de patates frites menaçaient des pâtés de maison tout entiers sur ces rues qui s'étiraient à l'infini vers la shop. On s'habituait à survivre et mourir. On avait du plaisir ou pas. On mangeait trop ou pas assez.

N'empêche qu'il arrivait aussi des histoires comme n'importe où ailleurs, même dans les hauts quartiers de la ville, où l'air sentait meilleur. On avait même cette fantaisie d'y planter des arbres. Ce que l'on ne faisait pas encore dans les années '70, dans le fin fond des quartiers ouvriers. Des hippies commençaient à peine à parler de recyclage ou d'amour libre. Les autres, la grande majorité, vivaient d'une paye à l'autre et n'avaient que le cul pis les dents. Parfois une auto. Mais rarement.

On nous disait que ça faisait dur à Cuba. Ils ont seulement des vieux chars, ha! ha! ha!

Et on ne savait pas où était Cuba. On savait seulement qu'on n'avait pas de char. Et ça suffisait pour nous épargner cette conversation. Sinon pour ajouter qu'on aurait tous le char de Batman lorsqu'on serait riche.

Parlant de Batman, y'a Bouboule Drolet qui s'était élancé en bas du garage, en arrière de chez-nous. Il pensait qu'il pouvait planer comme Batman. Il était monté sur le toit du garage et avait crié «Je suis Batman!» en sautant du garage. Il s'était pété les deux jambes et un peu la colonne. Il était mal tombé. Marcotte l'avait déjà fait sans rien se péter. Mais ne sont pas Marcotte ou Batman n'importe qui. Et Bouboule Drolet, maladroit comme il était, aurait mieux fait de jouer aux petites autos. D'autant plus qu'il avait les deux jambes dans le plâtre.

Il faisait chaud l'été. Oui. Et Bouboule Drolet avait encore plus chaud que d'habitude avec ses jambes plâtrées, son collier cervical et ce plastron de plastique qui soutenait sa colonne.

C'est alors qu'il ne pouvait plus bouger, pour ainsi dire, qu'est survenu cette étrange histoire qui, encore de nos jours, nourrit l'imaginaire de notre enfance en lui conférant ce quelque chose de glauque auquel l'on s'habitue.

Son père était un bon gars. Il ne parlait pas beaucoup, le monsieur Drolet, mais il avait l'air de rien, ni laid, ni beau, ni grand, ni petit, moyen et comme tout le monde. Il avait même un char. Un petit char rouge. Genre Datsun.

Comme il ne parlait pas, personne ne trouvait prétexte à lui en vouloir.

On en veut généralement qu'à ceux qui s'expriment beaucoup trop, dont les écrivains, les caricaturistes et les coiffeurs.

Mais là n'est pas le coeur de notre intrigue.

Puisqu'il y en a une. Un écrivain ne vous amène pas vers Bouboule Drolet, le gars qui se prenait pour Batman, sans que cela ne prenne une tournure apocalyptique.

Bref, le père de Bouboule s'était levé en pleine nuit et avait étranglé son fils.

Se prenait-il pour Abraham devant sacrifier son fils Isaac?

On n'en sait rien. Mais on apprit que monsieur Drolet entendait des voix. Et que ça lui prendrait du temps avant que de revenir à la maison pour des raisons bien évidentes.

Bouboule Drolet avait failli mourir une fois de plus en moins d'un mois. Faut vraiment pas avoir de chance.

Puis il disparut, lui, sa famille et son père.

Des réfugiés chiliens vinrent s'installer chez les Drolet. C'est avec eux qu'on a appris à fumer de l'herbe. Ils étaient très cool, pas nerveux pour deux sous. Mais il ne fallait pas leur parler de Pinochet. Ça les rendait malades. Et nous aussi. Alors on leur parlait de filles. Et on avait presque l'air normaux quoi.

Il n'y a jamais eu d'autres étranglements du genre dans notre voisinage si l'on se fie aux souvenirs de tout un chacun étalés au grand jour sur Facebook. Il y eut un meurtre ou trois sur la rue. Des incendies criminels pour toucher l'argent des assurances. Des ivrognes qui cassaient tout sur leur passage. Des gens qui pissaient sur les passants du haut de leur troisième étage. Mais pas d'autres cas d'Abraham de l'Ancien Testament qui entend une voix lui dire d'étrangler son fils.

Remarquez que la plupart ne savent même pas qui c'est, Abraham.

C'est vrai qu'il n'y avait que nous et Bouboule Drolet à l'église, le dimanche, dans les années '70.

Ouais. Nous fûmes les derniers des catholiques.

Et nous sommes tous catégoriques aujourd'hui: y'en arrive-ti des affaires hein?




vendredi 16 février 2018

Lévis et ses larmes de crocodile devant la Justice

Lévis était une grosse boule de chair qui faisait tout de manière tout croche et tout de travers.

Lévis était un croche sans manières qui était rempli de travers. Et sa grosse boule de chair était mi-poilue mi-dénudée. Comme un singe qu'on aurait passé au lance-flamme.

Il aimait voler, violenter, agresser, intimider et même tuer ne lui faisait pas peur si on s'entendait pour un bon prix. Lévis vous tuait quelqu'un pour moins de cinq cents piastres. C'était le tueur le plus cheap de la métropole. On recourrait à ses services pour faire disparaître d'authentiques trous du cul sur lesquels on n'aurait pas mis un billet de mille dollars. Ces derniers disparaissaient dans le fleuve Magtogoek ou bien ailleurs, on ne sait trop où.

Quoi qu'il en soit, le gros Lévis a fini par se faire prendre. Il se vantait de ses meurtres comme si c'était des faits d'armes. Il n'était pas très futé. Seulement violent et sans-dessein.

Arrivé devant le juge, Lévis tremblotait de tous ses membres. Il était dur parmi les mous, les bonnes pâtes, les mollassons. Mais parmi les durs, il se sentait très mou. Pour tout dire, il avait peur de la prison. Peur de se pencher en ramassant un savon. Peur de ceci ou cela.

Le juge Lafrenière présidait à son procès. C'était un juge plutôt implacable qui aurait passé pour un mou aux États-Unis. Quoi qu'il en soit, ça se savait dans toute la prison. Et Lévis l'avait su, lui qui n'échappait jamais son savon.

L'avocat de l'aide juridique qu'on avait retenu pour le gros Lévis était un parfait incompétent qui perdait toutes ses causes. Lévis était dans de beaux draps. Il décida de jouer le tout pour le tout.

Et il se mit à sangloter devant le juge et toute l'assistance.

-J'ai tou'ours été un gros mongol! bouhouhou snif snif et toutes ces sortes de choses sanglota-t-il.
J'ai jamais fait d'tort à parsonne! Ch't'un bon gars moé! bouhouhou snaf snaf snuf snof snif! Chu pas un gars du capitaliche! J'ai pas faitte les universités! Chu pas un mangeux d'casque! Bouhouhou!

-Voulez-vous bien cesser vos larmes de crocodile monsieur... lui ordonna le juge.

-Ch't'un bon gars! AAAaaa-aaaa-aaaaa-aaa-aaaaaa-aaaa-AAAA------aàÄÄÂèèaèa!

Lévis fût jugé et bien sûr condamné.

L'avocat de l'aide juridique alla se saouler au pub du coin comme d'habitude.

Mais tout le monde, même le juge Lafrenière, se raconte encore en riant la fois où le gros Lévis, assassin de bas étage, avait pleuré comme une larve devant la Justice.

jeudi 15 février 2018

Je me crisse des Jeux Olympiques

Je dois réécrire ce billet qui s'est perdu précédemment en testant certains trucs sur Blogger.

Reprenons...

GB

***

Je déteste les Jeux Olympiques, qu'ils soient d'hiver ou d'été.

J'aime marché, faire du vélo et nager.

Mais je n'éprouve aucun plaisir à regarder quelqu'un en train de marcher, nager ou courir après un ballon.

Les sports sont faits pour la pratique, pas pour le spectacle.

Paralyser la télé et les journaux pendant deux semaines, seulement pour nous montrer ces Jeux, cela relève de la pure bêtise. D'autant plus que je parierais que plus de 80% des téléspectateurs du monde entier n'aiment pas les Jeux Olympiques. Les seuls qui aiment les JO sont les politiciens et les journalistes qui se font payer des voyages avec prébendes et per diem en Corée du Sud. Les autres sont ceux qui accordent de l'importance aux niaiseries des drapeaux, des politiciens et des commentateurs sportifs.

De plus, ces JO sont extrêmement coûteux. Parlez-en aux Brésiliens. Ou bien aux Québécois qui paient encore pour le stade et les installations olympiques de 1976.

D'aucuns me reprocheront ceci ou cela.

Je ne leur reprocherai rien.

Seulement de ne pas comprendre qu'un homme comme moi peut se crisser totalement des Jeux Olympiques, du hockey télévisé et autres spectacles de la mi-temps du Superbowl.

Je n'en ai rien à crisser, effectivement.

Je n'ai jamais aimé et je n'aimerai jamais ça.


mercredi 14 février 2018

Saint-Valentin mon cul



Sans solutions physiques aux problèmes métaphysiques

La chute d'Icare, Pieter Brueghel l'Ancien
Il n'y a pas de solutions physiques aux problèmes métaphysiques. De là découlent tous les malheurs et malentendus de l'humanité.

L'amour ne s'achète pas plus que la haine poussée à son paroxysme.

Ce que j'exprime semble un peu confus.

Et ça l'est sans doute. La métaphysique n'est pas tant une histoire de mots qu'un cumul d'expériences existentielles.

Mon vieux professeur de philosophie, feu Alexis Klimov, liait la métaphysique à la révolte contre l'objectivation, au refus de plier devant une réalité laide et avilissante.

Son cours de métaphysique débutait avec une lecture tirée des Métamorphoses d'Ovide, c'est-à-dire le chapitre où il est question du mythe de Dédale et Icare.

Dédale et son fils Icare sont prisonniers du labyrinthe où les tient prisonniers le roi Minos. Une créature mi-homme mi-taureau, le Minotaure, habite ce labyrinthe et menace du pire le père et le fils. Que peuvent-ils faire? Ils n'ont pas d'armes, rien. Il ne leur reste que la voie du ciel pour s'enfuir.

Dédale fabrique donc des ailes avec des plumes et de la cire d'abeilles. Lui et son fils réussissent finalement à s'envoler grâce à ces ailes. Cependant, Icare, enivré par son vol, s'approche trop près du soleil et plante dans la mer.

Klimov nous montrait ensuite le tableau La chute d'Icare de Pieter Brueghel l'Ancien. On peut y voir la vie de tout un chacun suivre son petit train-train quotidien. La chute d'Icare s'est réalisée dans l'indifférence générale.

L'air de rien, cette petite démonstration m'aura réconcilié avec la spiritualité à une époque où je la vomissais sincèrement.

J'ai d'abord répondu à mon professeur, en parfait militant anarchiste que j'étais alors, que si l'on se sent menacé par le Minotaure, le mieux reste encore de lui péter la gueule.

Il m'a probablement souri et a poursuivi son cours.

Au fil des ans, j'ai souvent revisité ce mythe.

Je ne prétends pas y avoir compris quoi que ce soit, sinon qu'il est légitime de se tourner vers le ciel pour s'extirper d'une situation tout à fait désespérée.

Il est légitime de se poser des questions sur Dieu, l'amour, la haine, l'amitié, le courage, lâcheté et j'en passe. Mais ce sont toutes des questions métaphysiques et, de par leur nature, elles me semblent insolubles.

Le positiviste vous en trouvera des raisons, bien entendu.

Et le croyant aussi: il a toutes les réponses.

Moi, à mon humble avis, je ne crois pas toutes les avoir.

Je ne suis pas sans guidance et sans principes.

Cependant, je n'ai pas ce besoin radical d'une réponse absolue à des questions qui reposent essentiellement dans le monde de l'indicible.

Quiconque aura aimé au moins une seule fois dans sa vie en saura plus long sur Dieu que tous les théologiens réunis.

C'est ma position, aussi loufoque soit-elle.

Tout le reste ne me semble que du babillage.

Quelque chose qui nous éloigne de la métaphysique pour nous ramener sur le terrain du Minotaure.

Il faut apprendre à voler entre la Terre et le Ciel pour ne pas finir comme le fils de Dédale.

Quant à Ovide, c'est un des rares auteurs latins qui ne distillent pas l'ennui.

L'ennui qui est aussi une grande question métaphysique.

Elle est parfois soluble dans le plaisir.

Mais il arrive que l'on s'ennuie même des plaisirs.

Autrement nous ne serions pas tous aussi perturbés où que nous soyons sur le globe.


mardi 13 février 2018

Niaiseries




Régine, alias la Poule à Houde

Lorsqu'on plonge dans nos souvenirs on y prend goût. Tant et si bien que des souvenirs qu'on aurait cru engloutis finissent par remonter à la surface.

Évidemment, plus on remonte dans le temps et plus les souvenirs deviennent flous. On s'accroche immanquablement à un infime détail. Et c'est à partir de ce point infinitésimal que l'on retrouve tout le reste.

Pour Jean-Baptiste le ramancheur, c'était son pot de chambre. S'il n'y avait pas eu ce pot de chambre, je ne me serais même pas souvenu de son nom. C'était comme si le pot de chambre était indissociable du ramancheur.

Et c'est idoine pour Régine, alias la Poule à Houde. Je ne sais pas pourquoi nous la surnommions ainsi. Mais j'ai le souvenir d'une grande et grosse madame qui allait boire avec les gars à la taverne Au petit Tonnet. La Poule à Houde était du genre Tom Boy, les cheveux courts, les épaules larges et le langage débordant de sacres et autres blasphèmes. On disait qu'elle était le doorman de la taverne Au Petit Tonnet. Ce n'était pas le cas. Mais c'est vrai qu'elle pouvait te sortir deux gars en même temps en les empoignant par le chignon du cou.

La Poule à Houde nous faisait aussi peur que Moéneau Sicotte mais pour d'autres raisons. On voyait rarement Moéneau Sicotte dans la ruelle. Cependant, on voyait tout le temps la Poule à Houde qui nous criait d'aller jouer ailleurs que dans sa cour. Mes amis, qui étaient mal embouchés, la traitaient de grosse torche. Évidemment, ça la mettait en colère. Et elle courait après nous en menaçant de nous arracher la tête.

Généralement, on courrait beaucoup plus vite qu'elle. Je dois avouer, à mon corps défendant, que je ne la traitais pas de grosse torche. J'avais un petit côté curé qui m'empêchait de développer cet aspect de ma personne. J'étais pourtant parmi tous les jeunes voyous et je devais fuir tout comme eux lorsqu'ils se moquaient de la Poule à Houde.

Un jour, elle réussit à se saisir de l'un d'entre nous et se met à lui tordre les ouïes.

Je pense que c'était mon jeune frère ou un autre.

Je ne sais plus.

Mais je sais qu'il criait quelque chose comme «Lâche-moé grosse folle!»

S'est-il passé d'autres événements impliquant la Poule à Houde?

Sans doute, mais je ne m'en souviens plus.

Je me souviens d'une grosse madame qui buvait avec les gars à la taverne, en sortait deux en même temps en les empoignant par le chignon du cou et vous tirait les ouïes quand on la traitait de grosse torche.

J'irai replonger dans mes souvenirs, un jour ou l'autre.

Et peut-être que je trouverai de quoi rallonger ce récit qui, pour l'instant, semble bien maigre.

Ainsi va la vie. Ainsi naissent les légendes.

Un détail.

Un petit rien.

Et voilà bientôt une ode, un hymne, un opéra, une pièce de théâtre, un roman, une télésérie, une bande dessinée, un jeu vidéo...

J'aurai au moins l'insigne honneur d'avoir jeté les bases de ce personnage singulier, Régine Houde, alias la Poule à Houde, force de la nature au regard sombre, buveuse de fin de soirée et ultime espoir amoureux de vieux poivrots désabusés.


***


Post-scriptum: La bd ci-dessus intitulée la Grosse Bertha est inspirée de la Poule à Houde...

lundi 12 février 2018

Flavien est dans les patates

Flavien est un monomaniaque. Tout son monde tourne autour d'une seule chose: les patates.

D'autres auraient choisi la politique, la musique, les bibelots, les casse-têtes...

Flavien a plutôt choisi les patates.

Cultive-t-il des patates? Pas du tout. Il a toujours vécu en ville et n'a jamais mis le pied sur une ferme, sinon pour pisser.

Pourquoi les patates? Je n'en sais rien. Sinon que personne ne semblait s'intéresser aux patates. La place était libre et Flavien l'a occupée. Il est devenu, qu'on le veuille ou pas, le roi de la patate.

C'est donc qu'il est restaurateur? Non. Flavien ne travaille pas. Et il ne cuisine jamais.

Il achète de la poutine, comme tout le monde, sans en faire une maladie.

Mais il n'en abuse même pas.

Sa passion pour les patates est désintéressée. C'est une passion noble. Comme celle qu'éprouve l'apiculteur pour le monde des abeilles. Sauf que Flavien ne produit ni miel ni vodka avec les patates.

Pourtant, il peut vous parler de l'agriculture maya, des 326 variétés de patates, de la scopolamine (poison toxique) que contiennent ses germes, de l'histoire de la réception de la patate en Europe, de la patate qui avait sauvé les Russes de la famine au 18e siècle, de la patate que oui, patate que non...

De plus, il collectionne des figurines du genre Monsieur et Madame Patate. Il y a aussi grand-papa Patate et bébé Patate...

Patate, patate, patate...

Et vous ne savez toujours pas à quoi ressemble Flavien, hein?

Eh bien il ressemble à tout sauf à une patate.

Peut-être qu'il a une tête d'asperge.

Un air de potiron mou.

Un dos en farine de sarrasin.

Mais pas du tout un air de patate.

Pourtant... Je sais.

Flavien est dans les patates.